La violence sans le sacré
Sacrifice sans bénéfice
La théorie des « épreuves qui nous rendent plus forts » fleurit à qui mieux mieux sur les réseaux sociaux. Elle est le pendant de la théorie du Moi-Je souverain qui se « construit » tout seul. Elle est le reflet de l’idéologie courante de l’individualisme moderne. Et pourtant, elle traîne derrière elle des relents archaïques de sacrifice et de renoncement. C’est la vieille antienne du mal d’où peut sortir un bien.
Appliquée à l’éducation, cette théorie est désastreuse. Longtemps l’éducateur a suivi la maxime « qui aime bien châtie bien », et il croyait qu’il devait faire souffrir ses élèves pour qu’ils progressent. L’adoucissement des mœurs est venu à bout de cette cruauté injustifiée. La souffrance endurée n’enseigne qu’à souffrir, et rien d’autre. D’où vient, alors, que ce vieux réflexe sacrificiel fasse encore recette ? Alors qu’on ne l’applique plus à autrui sous peine de harcèlement et autres anathèmes, les petits selfiques se s’infligent à eux-mêmes. La « morale » s’est apparemment intériorisée. À moins que cela ne soit que pur masochisme ― autre versant de l’individualisme aveugle.