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Shakespeare 

 

TRÈS politiquement INcorrect 

 

Le comportement de Caliban, dans La Tempête, quand il s’agenouille devant l’opportuniste Stéphano, qu’il lui lèche les bottes, et le choisit comme nouveau maître à la place de Prospéro, suscite aujourd’hui de troublantes réflexions. Toute coïncidence avec des événements récents au Sahel ne peut pas être fortuite. Le remplacement d’un colonisateur jugé injuste (la France, l’Europe) par un nouveau patron sans foi ni loi (Wagner) ressemble à s’y méprendre à la scène conçue par Shakespeare, il y a quatre siècles !

   Peu de temps avant Shakespeare, La Boétie avait, lui aussi, dénoncé « la servitude volontaire ». La dérision de la scène entre Caliban, Stéphano et Trinculo ajoute beaucoup d’ironie noire à cette critique.

 

CALIBAN. As I told thee before, I am subject to a tyrant, a sorcerer, that by his cunning hath cheated me of the island. […]

I say, by sorcery, he got this isle ;
From me he got it. If thy Greatness will,
Revenge it on him
for, I know thou dar’st, […]

Thou shalt be lord of it, and I’ll serve thee.

STEPHANO. How now shall this be compassed ? Canst thou bring me to the party?
CALIBAN. Yea, yea, my lord. I’ll yield him thee asleep,
Where thou mayst knock a nail into his head. […] 
Why, as I told thee, ’tis a custom with him
I’ th’ afternoon to sleep. There thou mayst brain him,
Having first seized his books. […]

                                                    Remember
First to possess his books ; for without them
He’s but a sot, as I am. […]

Thou mak’st me merry. I am full of pleasure.
Let us be jocund. Will you troll the catch
You taught me but while-ere ?
STEPHANO. At thy request, monster, I will do reason, any reason. Come on, Trinculo, let us sing.
                                                                                [Sings.
 Flout ’em, and scout ’em ;
 And scout ’em, and flout ’em !
Thought is free.

                                                            The Tempest, Act 3, scene 2.

 

CALIBAN. – Comme je te l’ai déjà dit, je suis soumis à un tyran, un sorcier qui, par

ruse, m’a privé de mon île.

Je dis que c’est par sorcellerie qu’il a pris possession de cette île ;

Et c’est à moi qu’il l’a prise. Si ta Grandeur veut bien

M’en venger je suis sûr que tu en as l’audace ,

Tu seras alors le seigneur de l’endroit, et je serai ton serviteur.

STEPHANO. – D’accord, mais comment s’y prendre ? Peux-tu me conduire à son

antre ?

CALIBAN. – Oui, oui, monseigneur. Je vais te le livrer endormi,

Tu n’auras plus qu’à lui enfoncer un clou dans la tête.

Comme je te l’ai dit, il a l’habitude

De dormir l’après-midi. Tu n’as qu’à lui faire sauter la cervelle...

Après t’être emparé de ses livres.

                                                             Rappelle-toi bien :

Prends d’abord possession de ses livres ; car sans eux,

Il est aussi bête que moi.

Tu me combles de joie. Ma satisfaction est totale.

Réjouissons-nous. Voulez-vous reprendre avec moi

Le refrain que vous m’avez appris tout à l’heure ?

 

Fichons-nous d’eux, et débarrassons-nous d’eux !

Débarrassons-nous d’eux, et fichons-nous d’eux !

La pensée est libre ! 

 

 

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