Crise du désir
Nous n’avons plus d’ennemi commun
Traditionnellement, archaïquement, le « paix » d’une nation était assurée par la haine d’un « ennemi commun ». Le réflexe est tribal, mais il s’est perpétué jusqu’à des temps récents. Préparer une guerre vous soude un peuple comme personne ! Notre chère République doit beaucoup à la Première Coalition des États européens contre la France au début de 1793. Les « grandes guerres » ont contribué à forger des cultures nationales : les Allemands contre les Français, les Japonais contre les Chinois, aujourd’hui les Israéliens contre les Palestiniens, et Poutine contre tout l’Occident ! Mais, comme je l’ai souligné dans mon essai Crise du désir, « l’humanité étant à présent resserrée sur elle-même en un ‘‘village global’’ dont nul ne s’échappe, la résolution sacrificielle, l’expulsion du mal incarné par le bouc émissaire, ne sont plus possibles. » Face aux crises ― notamment devant l’urgence climatique ―, nous n’avons plus personne à accuser, nous ne pouvons que nous en prendre à nous-mêmes. Et ça fait mal. Et nous regardons ailleurs. Et il n’y a plus d’ailleurs.