Sacrificiel
« Dès l’origine ce fut un homicide »*
La grotte d’Addaura, en Sicile, contient des peintures rupestres exceptionnelles. Elles sont, sans doute, l’une des toutes premières représentations d’un sacrifice humain. Elles datent d’environ 12 000 ans, peut-être plus.
Que le sacrifice produise le sacré, et que le sacré soit la source de toutes les cultures, René Girard l’a formidablement démontré. Mais les indices de ces fondements archaïques sont rares. La grotte d’Addaura a ceci d’exceptionnel qu’elle nous montre un sacrifice primitif, un acte manifestement collectif, un lynchage probablement. Mais il y a plus. En en faisant une représentation, les hommes du Mésolithique qui l’ont réalisée nous laissent la trace de la puissance de l’image qu’ils connaissaient déjà. Ce ne sont pas les premières conduites religieuses (comme les sépultures qu’on trouve chez les premiers hominiens) qui font la différence. Pour entrer dans la catégorie homo sapiens, il faut que l’homme soit passé de l’acte sacrificiel au rite, du meurtre au symbole, de la violence à l’image de la violence, il a fallu qu’il donne un sens à son action, manifestant par-là la conscience qu’il avait de ce qu’il faisait ! Et sa « signature » est aussi le témoignage de la naissance de l’art.
* Évangile de Jean, 8, 44.