• Shakespeare

     

     

    illustration de couverture : Jean-Noël Duchevet

     LE DÉSIR MIS À NU

     Le désir mimétique révélé à travers

    le langage de Shakespeare dans les Sonnets

     

    Nulle part mieux que dans les Sonnets le mécanisme mimétique n’est mis en lumière avec autant de justesse. Shakespeare paraît avoir expérimenté sur lui-même les ravages du désir mimétique. Fasciné par son modèle idéal, W.H., jeune homme sublime qui semble accumuler sur sa seule personne toutes les qualités du monde : jeunesse, beauté, noblesse, richesse, intelligence, talent, liberté, franchise, élégance et grâce, comme il les décrit au sonnet 37, le poète essaie de comprendre et d’interpréter le « travail » de la séduction sur lui. D’où vient-elle ? Quelle est sa force ? Quels sont ses pouvoirs ? Pourquoi la « poursuite du bonheur » est-elle si lourdement chargée de souffrance ? En même temps qu’il se dispute avec W.H. les faveurs de la dame sombre, sa maîtresse, Shakespeare écrit, dans le secret, 154 sonnets qui sont autant d’épisodes au cours desquels il se regarde en face, il s’examine, il s’interroge. Les Sonnets sont d’étonnants monologues et autant d’exercices de réflexion.

       Shakespeare, bien avant René Girard, repère les mirages du désir, les pièges tendus par la rivalité mimétique, la méconnaissance qui nous cache la vérité sur notre désir. Dans les conditions particulières de la rédaction des Sonnets, il se révèle à lui-même. Le résultat de cet « apprentissage de lui-même » est une double merveille. Nous n’avons pas seulement avec les Sonnets un parfait « traité de mimétisme ordinaire » ─ ce qui est déjà passionnant ─, nous possédons aussi la transcription, presque au jour le jour, du travail de conscience d’un homme seul qui découvre le mimétisme, l’expérimente sur sa personne, cherche à l’interpréter, parvient à le révéler, pour lui-même d’abord, et pour nous enfin, ses lecteurs anonymes. Avant d’être une « théorie », telle que René Girard a pu la construire et l’argumenter, le mimétisme est une expérience, une épreuve. Là aussi, on peut dire que l’épreuve est double. Elle est une épreuve au sens où elle a représenté pour Shakespeare une souffrance morale et une douleur d’écriture que nombre de sonnets nous laissent entrevoir, mais elle est aussi une épreuve au sens où les Sonnets se présentent comme un manuscrit « prêt à tirer », alors même que la « dernière relecture » paraît presque inachevée.

       Ce récit d’une victoire sur la mimésis est rare dans la littérature. Évitant le sacrifice violent ─ comme on le trouve dans ses tragédies ─, Shakespeare atteint un niveau de renoncement à peine concevable et pourtant authentique. Ayant surmonté et vaincu les mensonges du désir, il approche d’une vision véritablement sublime de l’amour.

     

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    L’essai  LE DÉSIR MIS À NU  est disponible

    chez L’Harmattan, 2012.        19 €

     

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