• Bonnes feuilles

     

     

     

    De l’autorité 

     

    Extrait de mon essai sur l’éducation : Le Maître des désirs.

     

    L’autorité, comme le savoir, se partage. Pour être respecté, l’enseigneur doit d’abord respecter ses élèves.

        Le respect repose sur des fondements relativement simples : ne rien prendre sans demander, ne rien exiger sans s’engager soi-même, ne rien garder pour soi, rendre à l’élève ce qui lui revient de droit : son image, son opinion, même ses erreurs. Je me sens toujours extrêmement mal à l’aise quand un collègue exhibe en salle des profs les « perles » collectées dans les devoirs. Les auteurs de ces perles ont-ils donné leur accord pour cette lecture publique ? Certains corrigés de devoirs conduisent, en classe, à des humiliations équivalentes, surtout face à ses pairs.

        Malgré mes faiblesses et d’inévitables défaillances, je mets le respect de l’élève à la première place de mes obligations. Évidemment, après trente années d’expérience, je m’aperçois que les cas flagrants de manque de respect à mon égard ont été extrêmement rares. Je trouve ce constat rassurant.

        La clarté, l’absence de dissimulation, la franchise conditionnent le respect. Ce que je fais, je dis pourquoi je le fais. Ce que je fais faire, je dis comment j’estime que cela doit être fait. Je suis avant tout un pourvoyeur de moyens. Chaque élève, individuellement, doit comprendre ce que j’attends de lui pour savoir ce qu’il peut exiger de lui-même. Je ne crois pas qu’on puisse apprendre quoi que ce soit dans l’ignorance des moyens et des fins. Cela implique, entre autres choses, que je ne fais absolument jamais d’interro surprise. Il n’y a pas de radar dissimulé sur la route de ma pédagogie.

        Je ne crois pas non plus à la « non directivité » qui est aussi aléatoire et angoissante que l’agressivité arbitraire. Une fois que j’ai donné la direction de mon projet, je m’y tiens, sans céder aux pressions des circonstances (dans ce cas-là, les élèves disent : « Hillion, il est pas cool ! »). Pour ne pas avoir à céder, il faut faire en sorte de n’y être pas contraint, donc ne jamais demander l’impossible.

     

     

    Extrait de l’ouvrage d’Hannah Arendt :

    Du mensonge à la violence, 1972 (traduit par Guy Durand).

     

     

    L’autorité, qui désigne le plus impalpable de ces phénomènes [que sont le pouvoir, la puissance et la force], et qui de ce fait est fréquemment l’occasion d’abus de langage, peut s’appliquer à la personne ─ on peut parler d’autorité personnelle, par exemple dans les rapports entre parents et enfants, entre professeurs et élèves ─ ou encore elle peut constituer un attribut des institutions […]. Sa caractéristique essentielle est que ceux dont l’obéissance est requise la reconnaissent inconditionnellement ; il n’est en ce cas nul besoin de contrainte ou de persuasion. (Un père peut perdre son autorité, soit en battant son fils, soit en acceptant de discuter avec lui, c’est-à-dire soit en se conduisant comme un tyran, soit en le traitant en égal.) L’autorité ne peut se maintenir qu’autant que l’institution ou la personne dont elle émane sont respectées. Le mépris est ainsi le plus grand ennemi de l’autorité, et le rire est pour elle la menace la plus redoutable.

     

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