• Shakespeare

    Illustration de couverture pour l'édition de L'Harmattan

    par Jean-Noël Duchevet.

      

    SHAKESPEARE ET SON DOUBLE

     

     

    Dans l’ouvrage majeur qu’il a consacré à Shakespeare, Les Feux de l’envie, René Girard accorde une place toute particulière aux Sonnets. Il les situe résolument parmi les œuvres de premier plan du poète-dramaturge. Il voit même en eux le creuset de toute la création de l’écrivain. « Certains sonnets, écrit-il, sont si spectaculaires du point de vue qui nous occupe [la théorie mimétique] que j’ai longtemps caressé l’idée de commencer [mon étude] par eux. » Si les Sonnets tiennent une place aussi prépondérante dans l’œuvre globale de Shakespeare, c’est qu’ils le révèlent bien plus et bien mieux que ne le font ses pièces de théâtre. Parlant des Sonnets, René Girard n’hésite pas « à voir dans [leur] auteur le meilleur interprète de ses propres œuvres. »

       En effet, les Sonnets offrent, par rapport aux œuvres dramatiques, l’avantage exceptionnel de nous montrer Shakespeare au travail, ils nous permettent d’avoir une idée du regard qu’il porte sur l’écriture de sa poésie, sur l’acte poétique lui-même, sur sa création. Son attention et sa réflexion sur lui-même y sont omniprésentes. 

       Pour comprendre les Sonnets, et a fortiori pour les traduire,  il faut d’abord savoir de quoi ils parlent, ce qu’ils veulent dire. C’est de désir mimétique qu’il est question d’un bout à l’autre du recueil. Analysant le sonnet 42, par exemple (et son fameux « Tu l’aimes parce que tu sais bien que je l’aime. »), René Girard avance sans ambiguïté : « Sans l’aide de la théorie mimétique, on ne saurait même pas résumer convenablement ce poème.  Ce fait est à lui seul renversant. » Toute la science de Shakespeare n’est pas le fruit de sa seule imagination ni de son immense intelligence, aussi exceptionnelles fussent-elles. Elle est, comme pour tout homme, pétrie de l’expérience de son existence toute entière. On ne connaît pas de « sources » aux Sonnets, comme on connaît, peu ou prou, les sources des intrigues de ses pièces de théâtre. Si les Sonnets sont la seule œuvre de l’écrivain dont nous ignorons la source originelle, c’est sans doute parce que le poète n’avait pas besoin d’inspiration, qu’il connaissait sa source par cœur... 

          C’est sous l’éclairage de la théorie mimétique que j’ai tenté d’étudier les Sonnets. Il s’est agi autant d’examiner ce que la théorie girardienne apporte à la compréhension de l’œuvre poétique de Shakespeare que de montrer à quel point l’intelligence de Shakespeare peut nourrir, elle aussi, notre perception de l’œuvre girardienne… Et par là même, elle nous éclaire sur nos propres réflexes mimétiques. Nous avons certainement moins de commentaires à ajouter à l’œuvre du génial poète qu’il n’a de révélations à nous faire sur nous-mêmes.

     

     

    L’Harmattan, 2011.   26 €

     

    http://www.editions-harmattan.fr/index.asp

     

     

     

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