• Shakespeare

     

    Shakespeare hors de lui

     

    Toutes les théories qui cherchent à expliquer l’œuvre de Shakespeare, et notamment ses Sonnets, au moyen de la psychanalyse, de la numérologie, de la perspective historique, de la mythologie et autres investigations vaguement occultes sont vouées à ne jamais aboutir. Les Sonnets sont déjà assez difficiles comme ils sont, inutile de leur ajouter un crypto-codage qui embrouille tout. On peut considérer comme négligeables tous les sous-entendus et jeux de mots érotiques qui trufferaient, dit-on, le recueil, transformant celui-ci en un petit ouvrage licencieux pour initiés et Shakespeare en un libertin vaguement obsédé sexuel. Tout ce charabia n’ajoute rien au génie du maître. Il s’en serait sûrement moqué. Enfin, on ne doit pas chercher à expliquer les Sonnets à partir de ce que les autres poètes de l’époque ont pu produire et ils étaient prolifiques ! Ce ne sont pas les contemporains de Shakespeare qui peuvent nous guider vers une meilleure compréhension de Shakespeare, pour la raison que celui-ci cherchait à ne pas les imiter. En relisant les sonnets 21, 76, 78 et 85, on voit à quel point Shakespeare voulait prendre ses distances avec son époque, et combien il était conscient de la singularité de sa production, de sa manière, de son art. Les Sonnets ne s’expliquent donc pas à partir de l’époque où a vécu Shakespeare, ni à partir de son environnement social, de ses fréquentions (dont nous ignorons tout), de ses lectures (dont nous n’avons pas la moindre idée, ou si peu). Shakespeare n’est pas le produit de son temps. Il est très exactement hors de son temps, à part, éternellement contemporain. C’est une entreprise sans espoir d’aller chercher chez ses pairs des sources pour son inspiration. Ce qui fait sans doute l’originalité absolue des Sonnets c’est justement qu’ils n’ont d’autre source que Shakespeare lui-même. Et les spéculations habituelles sur W.H., sur la dame sombre, et le reste, y compris les miennes, pèsent de peu de poids par rapport à la parole de Shakespeare qui supplie du début à la fin de l’ouvrage qu’on le croie sur parole.

     

    O let me true in love but truly write,
    And then believe me.

     

    Mon amour est sincère et j’écris comme j’aime,

    Alors, croyez-moi !

     

    Sonnet 21

     

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