• Sacrificiel

     

    Rodin, L’Enfant prodigue.  

    La crise des crises

     

    Les crises ne servent plus à rien. Elles se suivent et rien ne change. Par le passé, une crise, généralement violente, rebattait les cartes et la prospérité repartait. Dernier (vraiment le dernier) exemple : la crise de 1929, suivie de la Deuxième Guerre mondiale, qui aboutit aux Trente glorieuses, avec leurs richesses mieux partagées, la sécurité sociale, le plein emploi, etc.

       La crise financière (et sociale) de 2008-2016 n’a rien donné. Elle a été largement plus grave que celle de 1929. Elle pouvait être une excellente occasion pour les États de reprendre ce que la Finance leur avait dérobé – ou qu’ils avaient abandonné à la Finance. Il ne s’est rien passé de tel. Les États se sont même davantage couchés devant la Finance. Ils ont couru au secours des banques – prisonniers qu’ils étaient de leurs dettes souveraines. Et ils n’ont pas repris la main. Le propre de la domination financière, c’est qu’elle est incontrôlable, insaisissable.

       L’abandon des États est spectaculaire. Aujourd’hui, ce n’est plus l’État américain qui se lance à la conquête de la Lune – aussi dérisoire cette conquête soit-elle –, c’est Jeff Bezos, patron d’Amazon. À lui appartiennent la puissance et la gloire pour les siècles, bla, bla, bla...

       La « résistance » n’est pas venue des « peuples » non plus. Les institutions politiques ou syndicales se sont affaiblies comme jamais et l’individualisme a gagné du terrain... Plus personne n’en appelle à la communauté, le « bien commun » n’a plus grand sens, les revendications sont « sectorielles », comme on dit, pour ne pas dire partielles, à petite échelle... alors que les problèmes sont mondiaux ! Les « révolutionnaires » en appellent à la « convergence des luttes », et ils sont trois à battre le pavé sous la pluie. La Révolution, qui est une crise provoquée, ne marche pas non plus. Toutes les crises sont en panne.

       Si les crises ne sont plus à même de résoudre nos problèmes de vivre ensemble, alors quoi ?

       Cet affaiblissement de la crise (des crises successives) est un signe de renoncement à la violence. C’est un bon signe. Ceux qui ont encore recours à la violence, à la guerre, échouent pareillement. Les extrémistes religieux n’ont aucun avenir. Les partisans du Grand Soir n’osent plus prononcer ce mot. Nous avons perdu la recette sacrificielle qui faisait de « beaux boucs émissaires », qu’on pouvait éliminer joyeusement, et tout le monde repartait la main dans la main.

       Cette « crise des crises » est une des manifestations de la « crise du désir » qui ébranle nos civilisations. Les citoyens anciennement communistes ou socialistes ont été décervelés (pour longtemps) par des propagandes imbéciles. Les cultures anciennement christianisées ne veulent plus l’être. Les « nouveaux fanatiques » musulmans, hindous, ou autres – ne font plus beaucoup d’adeptes. Numériquement, les mouvements djihadistes n’attirent qu’une infime minorité d’habitants de notre planète. Et même s’ils font du bruit – et quelques morts de temps en temps – ils sont dérisoirement impuissants !

       Que dire enfin de la crise écologique que nous traversons ? La même chose. Nous la constatons, mais littéralement personne – presque personne – ne prend efficacement les armes pour la résoudre. Pourrait-elle être l’occasion d’une redistribution des données ? Sans doute. Mais rien ne montre que cela ait des chances de se produire. Avec cette angoisse supplémentaire de la conscience que nous avons qu’il ne s’agit pas d’une crise passagère mais d’une crise durable, croissante. En somme, ce n’est pas une crise, c’est une catastrophe.

     

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