• Désir mimétique

     

     

    Qu’est-ce qu’un caprice ?

     

    Il y a toutes sortes de désirs.

       Il y a de très beaux désirs, chatoyants comme des vocations. On les rencontre chez les artistes authentiques. Victor Hugo, Mozart, « savaient » qu’ils seraient immenses quand le temps viendrait de leur accomplissement. On ne sait rien de l’enfant Shakespeare – hélas ! Je l’imagine insatisfait dans sa grammar school, impatient de faire autre chose, de partir… Stratford était bien trop petite pour lui.

       Il y a ensuite les désirs empruntés, ou simplement mimétiques. Je te trouve superbe, j’ai envie d’être toi, je ne serai jamais toi, prête-moi ta veste, ta montre, ton talent… Avec ça, je me fabriquerai une identité.

       Il y a encore les désirs artificiels, ceux-là sont fabriqués par d’autres, par les marchands, par exemple, on appelle ça la pub. À partir de combien de répétitions du message ou de l’image, le désir que j’ai de cet objet me paraît « naturel » ? Le désir sans méconnaissance s’évapore, il ne fonctionne pas. Il est donc nécessaire de bloquer le travail de conscience pour que le désir « opère ». La publicité a affaire avec le divertissement.

       Plus loin, on trouve les désirs « fanatisés », ceux que provoquent les tyrans de toute obédience. On les nomme idéologies, croyances, dogmes. À ce triste niveau, la méconnaissance, on peut le dire, fait le travail toute seule. Les fanatiques confondent leur désir aléatoire avec une certitude absolue.

       En bas de l’échelle, il y a le caprice, tellement empoisonné par la méconnaissance qu’il paraît « spontané ». Dès qu’il est interrompu (en étant satisfait, par exemple), il se renouvelle immédiatement. Le caprice n’est pas un désir qui attend une récompense, c’est un désir qui ne se savoure que comme désir. Le caprice résiste à toute discipline. S’il rencontre une règle, il désire aussitôt changer la règle.

       Le caprice est chose courante chez l’enfant : c’est normal, puisqu’il cherche – parfois longtemps – ce qu’il pourrait désirer… Quand les caprices se prolongent chez l’adulte, c’est que sa maturité n’est pas atteinte. Les « grands » de ce monde sont souvent capricieux. C’est normal aussi. Ayant déjà obtenu à peu près tout ce que les « petits » désirent, et n’obtiendront jamais, il faut qu’ils excitent leur « fabrique de désirs » sous n’importe quel prétexte, par n’importe quel moyen, sinon ils n’ont plus l’impression d’exister. Les riches sont des gens bien malheureux !

       Quand on observe que les caprices deviennent un mode d’expression généralisé, qu’ils sont un comportement commun chez beaucoup d’adultes, c’est que l’éducation, au sens large, a été défaillante. Quand, enfin, les caprices sont élevés à la dignité de « revendications de droits », on peut dire que la civilisation dérape.

     

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