• Albert Camus

     

     

    Le concours aux Bourses

     

    L’instituteur a convaincu la mère et la grand-mère de Jacques1 qu’il prépare le concours pour être boursier :

     

       « Monsieur », dit soudain la grand-mère qui surgissait du couloir. Elle tenait son tablier d’une main et essuyait ses yeux. « J’avais oublié… vous m’avez dit que vous donneriez des leçons supplémentaires à Jacques. Bien sûr, dit M. Bernard2. Et il ne va pas s’amuser croyez-moi. Mais nous ne pourrons pas vous payer. » M. Bernard la regardait attentivement. Il tenait Jacques par les épaules. « Ne vous en faites pas », et il secouait Jacques, « il m’a déjà payé ».

     

    Après le résultat du concours :

     

       …il se tenait contre le flanc de son maître, respirant une dernière fois l’odeur d’eau de Cologne, collé contre la tiédeur chaleureuse de ce corps solide, et la grand-mère rayonnait devant les voisines. « Merci, Monsieur Bernard, merci », disait-elle pendant que M. Bernard caressait la tête de l’enfant. « Tu n’as plus besoin de moi, disait-il, tu auras des maîtres plus savants. Mais tu sais où je suis, viens me voir si tu as besoin que je t’aide. » Il partait et Jacques restait seul, […] pour être jeté dans un monde inconnu, qui n’était pas le sien, où il ne pouvait croire que les maîtres fussent plus savants que celui-là dont le cœur savait tout.

     

                Extraits du roman posthume d’Albert Camus, Le Premier homme.

     

     

    1.     1. Son prénom dans le roman

    2.     2. Le vrai nom de son instituteur était Monsieur Germain 

     

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