• Pauvre Shakespeare 

     

     

    La Nuit des rois à la Comédie française

    (saison 2018-2019)

     

    On pouvait craindre beaucoup du metteur en scène Thomas Ostermeier. Dans ses productions précédentes, il n’avait pas manifesté une grande intelligence des textes de Shakespeare. Il se joue de Shakespeare plutôt qu’il ne le joue. La Comédie française ne lui a pas davantage réussi. La vulgarité, le cynisme, la laideur, la scatologie sont déjà déplacés qu’aurait dit Shakespeare d’un étalage de petites culottes portées par des acteurs sans charme ? L’erreur majeure, c’est les assauts de bêtise dont font preuve les personnages. Viola est niaise, Orsino est gâteux, Malvolio est abruti, Sir Andrew est débile, Olivia assez sosotte, même Feste, le fou, est balourd. Comment un esprit aussi fin que celui de Shakespeare la pièce est un festival d’esprit et d’humour peut-il être desservi à ce point ? Les blagues (dont certaines sont ajoutées au texte original) ne dépassent pas la « qualité » des talk shows télévisés du prime time, les rires étant assurés par le public qui a l’air d’aimer ça.

       Il y a plus grave. Pour juger d’une mise en scène de Shakespeare, il faut attendre les dernières scènes, là où il se révèle, et le metteur en scène avec lui. La fin de la Nuit des rois balance entre la tragédie du sacrifice de « l’agneau » Viola et la réconciliation finale quand les masques tombent : la vérité triomphe et elle est bonne. Avec Ostermeier, nous assistons à un sacrifice comique le public rit quand Orsino s’apprête à égorger Viola – suivi d’une « réconciliation » en forme de partouze, tout le monde s’embrassant à qui mieux mieux sur la bouche, hommes, femmes, toutes générations confondues !

       Mais il y a plus grave encore ! Devant une telle déconfiture celle du texte de Shakespeare , le public applaudit à tout crin. Comment peut-on saluer avec un tel enthousiasme une démonstration si criarde de bêtise ? N’y aurait-il pas, parmi nos iconoclastes modernes, quelques bons vieux flatteurs des sentiments et des pensées les plus basses qui leur assurent un succès facile ? William Shakespeare mérite mieux que cet ennui.

     

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