• Autonomie

     

    Self-love

     

    Le sonnet 62 commence par ‘Sin of self-love’, « L’amour de soi est un péché ». La faute dont Shakespeare s’accuse est de se prendre pour son propre modèle :

    … for myself mine own worth [I] do define.

    Je détermine seul ce que je vaux moi-même.

       Nos contemporains ont du mal à percevoir en quoi cela peut être une faute. La pensée moderne est nourrie de l’idéologie de l’autonomie fière d’elle-même. Nous croyons à notre autosuffisance. Nous la revendiquons. Nous affirmons comme définitif et incontestable le postulat de notre souveraineté : « deviens ce que tu es », « soyons ce que nous sommes », « parce que je le vaux bien ». L’injonction est à s’aimer soi-même. L’idéal du citoyen moderne est le self-made man. Du choix de la couleur de notre cravate à notre orientation sexuelle, nous prétendons n’être influencés par personne. L’idée d’être déterminés par d’autres que nous-mêmes nous fait horreur ! Toute la publicité nous incite à l’automorphisme : « n’écoute que toi ! » L’école pousse nos chers petits à réaliser leur projet personnel en suivant un parcours de réussite qui leur est propre. Chacun doit « se construire ». Pourtant le péché d’amour de soi est exactement ce que Shakespeare, aux antipodes de notre modernité, dénonce :

    Self so self loving were iniquity.

    Oui, s’aimer à ce point c’est pécher contre soi.     

       Je ne suis jamais moi. Je est un Autre et le sera éternellement. La chose est incontournable. La déchirure de même (sonnet 36) :

    Let me confess that we two must be twain.

    Nous deux, sans contredit, nous devons être deux.

       C’est pour cela que nous avons tellement besoin d’amour : pour que l’alter devienne mon ego sans me faire mal. 

    *

     

      

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