• Sacrificiel 

     

    La douleur

     

    La prise en compte, aujourd’hui, de la douleur est un progrès inestimable de l’humanité. Humanité au sens d’universel et aussi au sens humanitaire. On reconnait désormais et c’est tout récent dans notre longue histoire que les bébés souffrent, et que l’on doit les protéger contre la souffrance autant que les adultes. La médecine a avancé considérablement dans l’administration des antalgiques. Les soins palliatifs n’évitent pas la mort mais accompagnent le mourant vers sa fin dans des conditions moins horribles qu’auparavant. Le « remède » à la douleur n’est plus la patience, ni l’offrande que l’on fait de sa souffrance à Dieu… Si Scarron* avait vécu au XXe siècle, il aurait été soulagé de la spondylarthrite ankylosante dont probablement il souffrait. Si Pascal vivait aujourd’hui, il serait vite débarrassé des calculs rénaux qui lui ont fait souffrir le martyr.

       Soyons reconnaissants à la médecine et célébrons une humanité délivrée de la malédiction de parcourir en gémissant notre « vallée de larmes ». Et méfions-nous aussi des excès de notre zèle humanitaire. Le critère d’humanité aujourd’hui, c’est la souffrance. Si les animalistes revendiquent des droits toujours plus élargis pour les animaux, c’est au nom de la reconnaissance que « les animaux souffrent aussi ». En somme, notre conscience s’est ouverte à l’inanité du sacrifice (pour les humains !), mais c’est encore au nom de la souffrance qu’elle veut que les animaux nous ressemblent. Le sacrifice parait toujours la référence morale indépassable. Et si nous nous débarrassions aussi de la valeur du sacrifice ? Si nous cessions de donner du sens à la douleur ?  « Si la souffrance était créatrice, l’Afrique serait peuplée de génies, et ça se saurait ! » ai-je dit dans Le Maître des désirs.

       La conscience avance mais nous ne sommes pas au bout du chemin.

         

         * Épitaphe de Paul Scarron : 

         Celui qui cy maintenant dort
         Fit plus de pitié que d'envie,
         Et souffrit mille fois la mort
         Avant que de perdre la vie.

         Passant, ne fais ici de bruit
         Garde bien que tu ne l'éveille :
         Car voici la première nuit
         Que le pauvre Scarron sommeille.

     

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