• Shakespeare

     

    Shakespeare et les neurones miroirs

     

    Évidemment, Shakespeare ne savait rien des neurones miroirs, découverts en 1996. Encore que nous disions couramment que le théâtre de Shakespeare est un miroir qu’il nous tend. Lui-même utilise très souvent la métaphore du miroir – l’idée l’obsédait, à une époque où les miroirs étaient rares, ils étaient des objets de luxe.

       Il n’y a pas de « thèse » chez Shakespeare. Son théâtre est une « monstration », plutôt qu’une « démonstration ». Le dramaturge donne à voir, il donne à penser, il donne aussi à sentir. « L’effet miroir » se produit, et nous nous reconnaissons. Shakespeare sait que ce qu’il montre résonne en nous, nous émeut, et nous met en mouvement. Il fait fonctionner nos neurones miroirs à merveille ! L’effet attendu n’est pas seulement de répétition. Au-delà du réflexe-miroir, Shakespeare espère déclencher le bon désir. On passe ainsi de l’empathie naturelle au désir mimétique – processus spontané dont j’ai démontré l’efficacité dans mon dernier ouvrage1 sur l’empathie.

       Tout ce cheminement ne serait encore que hasardeux si Shakespeare ne comptait pas sur la conscience du spectateur. Le désir a à voir avec la conscience, il « monte » jusqu’à la conscience – thème récurrent dans ses pièces comme dans ses Sonnets. Pourquoi Shakespeare est-il universel ? Justement parce que la conscience est universelle, elle est humainement universelle, comme le désir.  

       J’ai intitulé mon premier essai sur les Sonnets : Shakespeare et son double 2. Ce n’est pas que Shakespeare joue double jeu, c’est qu’il faut toujours chercher le double de ce que Shakespeare nous montre, et ce double est en nous-mêmes.

     

     

    1 L’alter de mon ego, L’Harmattan, 2017.

    2 L’Harmattan, 2012.

     

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