• Éducation

     

     

    Refaire le monde

     

    Les élèves et moi, nous rêvons ensemble. Nous ne faisons rien d’autre. Puisqu’il n’y a pas moyen de faire autre chose. Une salle de classe est un objet très fermé, un espace clos, pas tout à fait une prison, mais quand même, nous y sommes en détention provisoire. Le sentiment de claustration est très profond. 

        De quoi parle-t-on ouvertement dans la classe ? Du monde inaccessible, hors de portée. Le monde réel est ailleurs, objet d’étude sans support. Nous appliquons toute notre énergie à une réalité virtuelle, une théorie de monde, un fantasme d’existence. Le cours d’Histoire évoque un temps révolu. Le cours de Français renvoie à des sentiments inconnus. Le cours de Langue parle dans un idiome qui n’est naturel qu’à des gens lointains, étrangers. Dans les sciences dites exactes, les échelles sont si ridicules qu’il est impossible de percevoir la réalité exacte de ce que l’on examine. Quel rapport y a-t-il entre la chaîne d’ADN et le besoin formidable que l’on a de se sentir exister à 17 ans ? De quelle vie parle-t-on ?

        Dans le cube étriqué de la salle de classe, entre « la vie vivante » mal contenue et les contenus sans vie des programmes, il reste une petite chance pour le rêve. Pas l’imagination stérile des penseurs pensifs à longue-vue, ni la rêverie oisive des pusillanimes frileux, mais le grand rêve des croyants et des visionnaires portés par l’audace fébrile de refaire le monde.

     

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