• Éducation

     

     

    Heureux les affamés

     

    Les siècles qui nous ont précédés censuraient le désir. Les puritains ne pouvaient pas l’empêcher, alors ils le réprimaient. « Combien de fois ? Avec la main ? etc. » Notre époque moderne s’est, en principe, affranchie de ce puritanisme répressif sans s’apercevoir que notre modernité est le produit de fondateurs puritains. Le désir n’est plus interdit, il est encouragé même, mais il est interdit d’en désigner l’objet. Nous sommes censés découvrir tout seuls ce que nous désirons. Le désir est supposé venir de nous – comme le mal, autrefois, était en nous. Les puritains modernes ont coupé le fil qui nous reliaient à « l’objet du désir », et ce fil est évidemment mimétique : c’est « l’autre » !

       D’où vient cette « crise du désir » que nous traversons – sans en voir la fin ? La « société du désir », qui a remplacé la morale étroite qui a sévi jusqu’au XIXe siècle, a tout embrouillé en prêchant l’autonomie au lieu de développer le manque. « N’écoute que toi ! » Nous sommes censés n’aspirer qu’à nos seules fins, n’obéir qu’à nos seuls caprices. D’où le désespoir des parents devant l’indifférence du petit : « il ne sait pas ce qu’il veut ! », soupirent-ils. Le constat est juste, mais le remède est souvent pire que le mal. En gavant un peu plus l’enfant, on bloque un peu plus le mécanisme mimétique qui le pousse, presque spontanément, à désirer. On barre la route au désir vrai. On perd en autorité et on saccage tout apprentissage. Quelle misère ! Comme le remarquait, un jour, un Inspecteur de l’Éducation nationale qui n’éprouvait pas une grande estime pour sa clientèle : « Que voulez-vous ?  On ne peut pas faire manger un âne qui n’a pas faim. »  Eh bien, monsieur l’Inspecteur, il fallait l’affamer !

     

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