• État de la conscience 

     

    Petits aménagements avec la conscience

     

    Heureuse époque que la nôtre ! Nous vivons dans un monde d’innocence, d’absolue innocence, proche du paradis terrestre… On n’y rencontre aucun coupable, seulement des victimes – mais de qui sont-elles donc les victimes ? Nous ne croisons jamais de persécuteurs, nous entendons parler – parfois – de persécutés, et nous versons une larme (parfois même une obole). Pour que les persécuteurs ne soient plus visibles, il faut sans doute, dans notre Meilleur des mondes, que tous nos miroirs soient bien ternis… Ils ont été remplacés par des selfies, beaucoup plus flatteurs. À quoi servent les radars ? Il n’y a plus de fautifs !

       Entendu à la radio : « On ne va pas se culpabiliser, il n’est pas question de s’autoflageller ! » Il y était question des vieux qui croupissent tout seuls dans les EHPAD (on ne dit plus « asile », on dit Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes, ça vous a une autre allure !). 

       Mgr Herbulot, ancien évêque d’Évry, raconte dans ses mémoires (pages 171-172) : « ‘‘Une entreprise du CAC 40 peut être renflouée en 48 heures. Lorsque des milliers de jeunes trouvent la mort en Méditerranée, interroge le pape François, que faisons-nous ?’’ Il ne s’agit pas de culpabiliser qui que ce soit, mais d’appeler nos Églises chrétiennes à vivre intensément l’intercommunion. » 

       Comment, ne pas culpabiliser ? La question de François est capitale. Que faisons-nous « au plus petit d’entre les miens » ?  

       Typiquement, la culpabilisation est assimilée à un acte masochiste un peu pervers. Inversion commode qui permet d’oublier qu’il est encore plus pervers d’ignorer sa faute. Avec la disparition du christianisme (ou son recul spectaculaire), la notion de péché s’est volatilisée… La concomitance n’est pas fortuite. C’est sans doute notre volonté farouche de nous vouloir « sans péché » qui a sapé le christianisme.

       Si l’on savait mieux les choses ! Et d’abord, ce qu’est un « péché ». Paroles de Jean-Paul II : « Jésus a déclaré qu’il n’entendait pas nous accuser de nos péchés mais nous en convaincre. » (propos rapportés par Jean Daniel). Tiens ! Jésus cherchait-il à nous déculpabiliser ? Bien au contraire. Il en appelait à notre conscience et n’attendait pas qu’on se déculpabilise, mais qu’on se corrige, qu’on s’amende, qu’on devienne meilleurs. Beau programme. Mission désespérée ! Surtout aujourd’hui.

       Car enfin ! La planète ne s’est pas dégradée toute seule. La pollution n’est pas apparue sans cause. La répartition injuste des richesses n’est pas le fait d’une « main invisible » (encore elle !). Devant l’injustice, Zola hurlait : « J’accuse ! ». Dreyfus a été réhabilité et Zola en est mort. Aujourd’hui, nous n’avons plus de Zola, nous avons des « lanceurs d’alerte », et gare à eux s’ils « révèlent » des secrets industriels (même louches), ils se retrouvent en prison.

       Il serait quand même temps de culpabiliser un peu ! 

     

     

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