• Théorie du genre

     

     

    Qui donne la vie ?

     

    Il existe une longue et tenace tradition autour de la Mère qui « donne la vie ». La tradition entretient et protège le privilège (tout relatif) des femmes, puisqu’elles seules, n’est-ce pas, engendrent et permettent à la lignée de se maintenir. Privilège qui s’inverse – logiquement – quand, la femme n’engendre pas. Dans les sociétés archaïques, elle est alors répudiée, ou bannie, ou lapidée.

       La même tradition entretient le complexe des hommes qui, eux, ne donnent pas la vie – apparemment. Jalousie ancestrale, origine du machiste, vieux fantasme sur le pouvoir supposé des femmes supérieur à celui des hommes. D’où cette plainte désespérée de Posthumus, dans Cymbeline (II, 5, 1-6), quand il se croit trahi par Imogène, celle qu’il aime par-dessus tout :

         Posthumus. Is there no way for men to be but women

         Must be half-workers ? We are all bastards ;

         And that most venerable man, which I

         Did call my father, was I know not where

         When I was stamp’d ; some coiner with his tools

         Made me a counterfeit. 

         POSTHUMUS. – N’y a-t-il aucun moyen pour l’homme d’être créé  

         Sans que les femmes y soient pour moitié ? Nous sommes tous bâtards.

         Et cet homme vénérable, que j’ai

         Appelé mon père, se trouvait je ne sais où

         Quand j’ai été fabriqué ; sûrement quelque faussaire, avec ses outils,      

         A fait cette contrefaçon que je suis.

       Quoi qu’on fasse, la nature « veut » qu’il faille un homme ET une femme pour faire un enfant. Il faut qu’un XY se mélange à un XX – même au fond d’une éprouvette. Le père « donne » donc la vie autant que la mère. Et s’il oublie sa responsabilité, s’il abandonne femme et enfant, il commet une faute contre la nature : il se décharge de ce qui l’unissait à la vie. Comment se fait-il que l’abandon d’enfant par les pères ne soit pas plus sévèrement sanctionné ? Cela vient sans doute que la plupart des législateurs sont des hommes. Quelle erreur !

       Quant au « don de la vie », l’expression mérite d’être revisitée. Nul ne donne la vie. La vie est. Nous avons les moyens de l’interrompre – et Dieu sait si nous abusons de ces moyens ! Mais la vie ne dépend de nous que pour autant que nous rendons ce que nous avons reçu. Procréer est une espèce de rétrocession, le remboursement des intérêts d’un capital acquis sans mérite.

       « Mortel, il ne peut produire de ses mains impies qu’une œuvre mortelle ; ─ encore vaut-il mieux que les objets de son adoration : lui, il a reçu la vie, mais eux ne l’auront jamais. » (Le livre de La Sagesse)

     

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