• État de conscience 

     

     

    L'anticléricalisme, un genre en soi.

     

    Balancier 

     

    Il semble y avoir une contradiction entre la déchristianisation en cours et la persistance de religieux archaïque*. D’un côté, on constate que la fréquentation des églises est en chute libre, que la pratique religieuse diminue comme peau de chagrin, que les vocations se font rares. De l’autre, les superstitions, les violences sacrées, le goût de l’occultisme, les comportements religieux par rapport à la nourriture (orthorexie) restent virulents. Sans parler des reliques de rites comme la célébration de Noël et le respect « sacro-saint » des jours fériés, ou encore la persistance de la célébration des saints tous les jours, en oubliant de mentionner qu’ils sont des saints : demain, nous fêterons les « … », ah, tiens donc, pourquoi ? Pour embrouiller la situation, l’anticléricalisme primaire – à destination presque exclusive du christianisme – laisse croire que nous vivons toujours sous la terreur de l’Inquisition et que nous devons nous libérer de la chape de plomb du cléricalisme. La guerre continue quand l’ennemi a disparu. C’est le désert des Tartares.

       La contradiction est donc bien réelle, mais elle persiste d’abord comme contradiction : c’est la condition de sa survie même. Comme si nous en avions besoin. René Girard a montré, avec La Violence et le Sacré, et surtout Des choses cachées depuis la fondation du monde, que le christianisme est démystificateur. En termes simples, il a remplacé le sacrifice du prochain par l’injonction à aimer son prochain. En démystifiant les réflexes archaïques, le christianisme a aussi démythifié la religiosité qui s’était accrochée à son propre développement. Le christianisme sacrificiel, longtemps pratiqué, des croisades à la colonisation, a presque disparu. C’est un fait. C’est une heureuse nouvelle.

       Mais cette conscience encore fragile a laissé un vide. Nous avons toujours besoin de victimes, de boucs émissaires, de sacrifices… Même le veau d’or, le Dieu Argent, ne comble pas complètement notre réflexe compulsif d’idolâtrie. Donnez-nous aujourd’hui notre lot quotidien de stars ! Ainsi l’effacement du sacrificiel chrétien est-il « compensé » par la résurgence, ici ou là, presque partout, de nos archaïsmes superstitieux.

     

    * J’en ai abondamment parlé par ailleurs.

     

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