• Sacrificiel

     

     

     

    L’homme sacrificiel

     

    L’homme est sacrificiel, il ne peut pas s’en empêcher. Peut-être même doit-il son origine au sacrifice. René Girard a montré* que le sacrifice a donné naissance aux civilisations, qu’il est le fondement de toutes les cultures. Au cours des millénaires, le sacrifice s’est affaibli. On est passé du sacrifice humain (archaïque), au sacrifice animal (de substitution), puis au sacrifice purement symbolique (le sacrifice de la messe). La sécularisation depuis les Lumières, la déchristianisation (au moins apparente) ont continué à dévaloriser le sacrifice. Au point qu’aujourd’hui, on glorifie l’homme égoïste, l’individu autonome auréolé de son « estime de soi ». Est-ce le triomphe définitif de l’humanisme ?

       Le sacrifice aurait-il disparu ? Ceux qui le croient voient dans l’expansion de l’empathie une forme de réconciliation universelle. Cela est vrai, mais il semble que l’homme sacrificiel n’a pas pour autant rendu les armes. Il se cache mais il est toujours agissant.

       Question. Après les animaux (de mieux en mieux protégés), que nous reste-t-il à sacrifier ? À l’heure de la mondialisation, il reste la planète toute entière. La pollution galopante, que rien ne semble pouvoir arrêter, que des hommes archaïques encouragent encore, est la forme la plus insidieuse du sacrifice de la nature. Pourquoi tant d’acharnement contre notre malheureuse planète ? C’est la nature qui doit payer pour notre confort, notre sécurité, notre bonne conscience. Quand il n’y a pas quelqu’un pour payer un bouc émissaire il faut quelque chose. La nature est devenue notre bouc émissaire.

       Après la nature, que restera-t-il encore à sacrifier ? L’homme tout simplement, nous tous, globalement. Son sacrifice est déjà en route. Tous les cerveaux qui conçoivent de remplacer l’homme par des machines, des robots qu’ils baptisent « intelligents », les mêmes cerveaux qui rêvent de robotiser l’homme tout entier, d’en faire un cyber-humain, un homme « augmenté », font ce que les plus primitifs de nos ancêtres ont accompli il y a 200 000 ans environ : ils ont recours au sacrifice humain. Quel bénéfice en tireront-ils ? Par le moyen du sacrifice, nos ancêtres avaient fondé des civilisations, nous allons éliminer la nôtre, l’ultime, l’unique civilisation universelle, issue de toutes les civilisations qui ont couvert notre planète.

       À moins que… À moins que quoi ? À qui pouvons-nous nous en remettre ? Après avoir chassé les dieux, après avoir chanté que « Dieu est mort », quel recours nous reste-t-il ? Nous-mêmes, exclusivement. Ce n’est pas rassurant.

       À moins que… À moins que nous éradiquions notre goût du sacrifice, définitivement. Bouddha, Jésus-Christ et quelques saints y sont parvenus. Ce miracle peut-il se renouveler à notre échelle globale ? Cela paraît presque impensable.

       À moins que… Il faut chercher encore, et ne pas détacher notre recherche de notre espérance.

     

     

    * La Violence et le sacré, Des choses cachées depuis la fondation du monde.

     

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