• Incarnation

     

     

    L’affiche vide

     

    Alors que nous nous enfonçons dans un monde de plus en plus matériel, nous nous enveloppons d’une idéologie où le corps tend à disparaitre. Nous l’avons remplacé par des robots qui travaillent à notre place, des avatars qui jouent à notre place, des pseudos qui pensent à notre place.

       Pourtant, le corps s’affiche partout. C’est un mauvais signe. Il a été récupéré par les industries du spectacle et du commerce, et par celle, très proche, du sport professionnel. Le corps est une vitrine, un slogan, un porte-marque, pas une réalité. L’industrie des cosmétiques a pour finalité de cacher les corps réels au profit de corps virtuels. « J’ai appris que vous vous fardiez. À la bonne heure ! Dieu vous a donné un visage et vous vous en fabriquez un autre », pleure Hamlet*.  

       Dans la « société du spectacle », le corps devient une affiche. Le tatouage est une customérisation du corps. Dans une civilisation de l’autonomie, cela est pure contradiction, puisque « mon » corps ne m’appartient plus, il appartient à celui ou celle qui me regarde. « Mon » corps est comme extraterritorialisé, et le sujet est tout simplement aliéné.

       La laideur fait peur, et paradoxalement, la négligence vestimentaire est la règle – signe que nous ne nous aimons pas. Qui s’habille encore « pour dîner », ou pour aller au théâtre ? Cet oubli de soi est foncièrement sacrificiel.

       Sous l’influence du puritanisme anglo-saxon et du développement des bienfaits de l’hygiène, nous n’osons plus nous toucher. Si un ami antillais se lance dans une longue conversation avec moi sans me lâcher la main, je m’en trouve tout embarrassé.

       Nous n’aimons pas nos corps. Que dire du corps de l’autre ?

     

     

    *‘I have heard of your paintings too, well enough ; God hath given you one face, and you make yourselves another.’

     

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