• Littérature sacrificielle

     

     

     

    Le Policier

     

    Les policiers, les polars m’ennuient. En littérature comme au cinéma. Je me dis, au bout de cinq minutes : « ils » finiront bien par trouver le coupable.

       Plus sérieusement, la traque au coupable me décourage. Elle ressemble tellement à la chasse au « bouc émissaire ». Je comprends les tragédies antiques et les drames romantiques où « le mort » est à la fin. Imagine-t-on Le rouge et le noir sans le double décès de Julien Sorel et de Mme de Rénal ? Imagine-t-on le roman de Stendhal en flashback ? L’inspecteur X enquête. Et que comprend-il de l’esprit de Julien et du cœur de Mme de Rénal ? Quel gâchis !

       Les policiers commencent généralement par un mort (au moins un). C’est la loi du genre. Ensuite, on se perd dans un labyrinthe d’hypothèses, des kyrielles de fausses pistes, l’auteur cherche à brouiller les indices pendant que l’enquêteur cherche à les débrouiller. L’embrouille est entretenue par des chapelets de conditionnels passés et des chaînes de phrases interrogatives auxquelles il ne faut surtout pas répondre…

       Tout cela revient à la description sempiternelle d’un sacrifice, dont on finit par connaître « le mobile » : il y a une raison pour tout. Après cela, bonnes gens, allez dormir tranquilles ! Mais rien n’est révélé. Rien n’est définitif. Surtout rien ne doit être définitif. Au prochain mort, on remet ça. Il faut bien vendre…

       Le comble – ou le génie – du genre, c’est l’humour qui enrobe la chose horrible. Est-ce prise de distance ? Est-ce gaieté morbide ? La mort vous va si bien ! Il s’agit simplement d’un camouflage, on cache l’horreur sous l’ironie, on dissimule le cadavre sous l’enquête, on occulte la mort. René Girard parlerait de méconnaissance savamment entretenue.

       Nous sommes incapables, aujourd’hui, d’inventer de jolis mythes, de beaux symboles qui parlent à notre esprit. L’esprit est mort comme le macchabée sur lequel on prétend enquêter. Ses cendres ont été poussées sous la moquette de la moquerie.



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