• Autonomie

     

     

    Anto Carte

     

    Comme des aveugles

     

    Plus la civilisation avance, plus nous sommes dépendants. Si nous évaluons le nombre de réseaux auxquels nous sommes reliés, le tableau est effrayant. Nous comptons sur les chaines de distribution alimentaire, et elles ne doivent pas être défaillantes sinon nos magasins seraient vides. Impensable ! Nous comptons sur les services de médecine, y compris la nuit et le dimanche ! Nous comptons sur la police, les pompiers, la poste, la distribution d’électricité, d’eau, de gaz. Si nous voulons tout savoir sur nos loisirs, nous cliquons sur Internet et la réponse est immédiate. Et tout cet entrelacs de connexions qui fonctionnent nous semble naturel. Nous sommes fâchés quand un grain de sable vient contrarier les beaux rouages de la machine sociale. Un train en retard, une route qui n’est pas déneigée, et nous pleurons comme des enfants. 

       Dans ce contexte absolument merveilleux, se sont développées une idéologie de l’autonomie à tout prix, une exaltation de la souveraineté totale, car l’individu moderne ne veut dépendre de personne. Tout vient de lui, croit-il, et tout y retourne comme son image dans un selfie. « Vivre sans temps mort, jouir sans entraves », pourquoi se préoccuper du reste ? D’ailleurs, « le reste » est assuré. Quand je tourne le robinet, c’est moi qui produis l’eau, c’est bien connu ! Quand j’allume l’électricité, c’est moi qui éclaire la pièce. Quand je marche dans la rue, c’est moi qui l’ai nettoyée. Je sais que ce n’est pas vrai, mais je fais comme si. Je veux absolument que cela se passe comme si. Et je ne veux surtout pas avoir à remercier qui que ce soit ! Ni médecin, ni ingénieur, ni facteur… Plus belle la vie !

     

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