• Privés de sacrifice

     

     Michel-Ange, non finito

     

    Pourquoi plus rien ne bouge

     

    Les Occidentaux, et après eux une bonne partie de l’humanité, ont renoncé à la guerre. Le Vietnam est très loin, la Bosnie a été une exception, pas une règle, tragique et hors logique. La Lybie a été un soubresaut désastreux (évidemment irresponsable). Michel Serres s’enthousiasme devant un tel constat : nous avons vécu plus de soixante-dix années sans conflit majeur. Mais savons-nous vivre sans la guerre ? La chose est certainement trop récente.

       L’extraordinaire progrès matériel qui a suivi les deux catastrophes mondiales de 14-18 et de 39-45 n’a pas d’équivalent aujourd’hui il faut entendre les cris éplorés des économistes et des marchands en panne de croissance. Politiquement, nous ne savons pas nous gouverner en temps de paix. À quoi sert la prospérité tandis que s’entassent les injustices, les inégalités et la misère ? La démocratie sans guerre manque de carburant. Faute de sacrifice, nous ne savons pas « fabriquer » de la culture. Tristesse affligeante de l’art contemporain !

       Il n’y aura pas de Grand Soir. Quelques voyous de Dieu essaient encore de revenir au premier sacrifice archaïque, celui de la « fondation du monde », avec des homicides aveugles. Les fondamentalistes se trompent de 200 siècles, c’est tout. Le temps est irréversible, il n’y a pas d’éternel retour.

       Faut-il compter sur quelque président Folamour pour rallumer la mèche ? Il y en a encore que cela tente, mais quelle « guerre juste » gagnerait-il ? Pour quel bénéfice ? Nous connaissons la réponse d’avance.

       Qu’est-ce qui peut se substituer à l’énergie de la guerre ? Elle a bien une sœur jumelle, « la guerre économique », féroce, meurtrière, elle aussi. D’aucuns, un peu naïfs, ont cru que le bonheur allait « ruisseler » comme les profits, et puis rien. Il ne se passe rien. Le « dieu de la guerre » a disparu, nous l’avons gavé sous la consommation et il est mort d’un infarctus par excès de cholestérol. Livrés à nous-mêmes, nous ne savons pas nous organiser comme des petits enfants quand la maitresse est sortie de la classe.

       Dans l’exaltation du sacrifice, les hommes ne savent pas ce qu’ils font, mais au moins, ils agissent. Privés de sacrifice, ils ne savent plus quoi faire.

       Pourtant, la conscience monte. La méconnaissance recule. Notre impuissance, reconnue, est un aveu. Reste à la juguler. Qui en a l’audace ? Quelques originaux, quelques fous. Des enfants peut-être. À peine découverts, déjà disqualifiés. Mais ils sont là ! Cherchons-les.

     

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