• Sacrificiel

      

    Le mythe du paradis perdu

     

    Les éthologues et tous les fervents penseurs de la « zoopolitique » s’extasient devant la formidable organisation des animaux, en groupes, en meutes, en « sociétés » animales. Quelle perfection, quel modèle d’organisation ! Des fourmis aux loups, les exemples abondent. Ah, la tristesse de nous comparer aux animaux qui font tout si bien… Comme si nous avions perdu une espèce de sagesse en devenant humains*.

       Après avoir, pendant des millénaires fait des animaux nos substituts sacrificiels, l’angoisse saisit l’homme post-moderne chez qui le sacrificiel s’efface de plus en plus, voire tend à disparaître. L’exaltation du sacrifice recule jusque dans les cérémonies officielles. On ne commémore plus les victoires en oubliant les millions de morts qui les ont précédées, on commémore les victimes en oubliant les victoires qu’elles ont permises… Nous voulons nous souvenir de la violence commise et non de la « gloire » du combat.

       Notre comportement est analogue vis-à-vis des animaux. Nous les avons longtemps sacrifiés, nous les avons mangés, mais nous en sommes aujourd’hui à la repentance : que n’avons-nous pas perpétré comme horreurs envers eux ! Honte à nous.

       La démarche a sa logique. Mais de là à accorder aux animaux toutes les vertus, cela relève d’une victimisation culpabilisante trompeuse, un aveuglement historique, une sorte de reniement de notre propre culture, des fondements de notre culture.

       C’est pure naïveté. Le monde « parfait » des animaux, qui sont nos lointains ancêtres, ressemble au paradis perdu. Qu’est-ce que nous avons perdu en devenant humains ? Comme tous les mythes, celui du paradis perdu est révélateur d’un sacré occulté. Pour des esprits qui ont avancé jusqu’à ce point, c’est un progrès extraordinaire qui se paie par une incroyable régression mentale : le sacré opère toujours. Peut-être la civilisation n’avance-t-elle qu’à reculons. La conscience résiste. Elle ne veut pas voir complètement ce que, pourtant, elle a mis au jour.

     

     

    *Voir Révolutions animales, ouvrage collectif sous la direction de Karine Lou Matignon, Arte éditions, Les Liens qui libèrent, 2016.

     

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