• « L’homme diminué »

     

    Le Mouchard, film de John Ford, 1935. 

     

    Mouchards

     

    L’utilisation sans discernement de l’intelligence artificielle risque de conduire à des comportements indésirables. Et pourquoi utiliserions-nous l’IA avec discernement, persuadés que nous sommes que les machines pensent plus vite et plus efficacement que nous ?

       Les outils de l’information entre les mains des nouveaux DRH peuvent être redoutables. L’IA est censée tout mesurer, tout interpréter du comportement de l’employé... puis rendre des comptes sous forme de tableaux, de statistiques. Officiellement, ces procédures doivent aider le DRH à une « meilleure » prise de décision. Mais le « DRH augmenté » ne se base que sur des données chiffrées qui a priori ne font pas sens. Leur « donner du sens » est aléatoire et périlleux. Que faire d’une collecte d’informations sur le temps passé par l’employé sur Internet, sur ses temps de pause, sur sa fréquentation de la machine à café, voire ses visites aux toilettes ? Que « signifie » une statistique sur son vocabulaire, la récurrence d’expressions utilisées dans ses courriels, ou son emploi des virgules ? Tout peut être compté, tout compte ! Cette « évaluation » permet, prétend-on, de prendre des « décisions objectives ». Par définition, une décision ne pouvant pas être « objective », dans quel travers pervers tombe-t-on ?

       Les robots de l’IA sont avant tout des mouchards. Ils surveillent, ils calculent, ils comptabilisent, ils totalisent le plus souvent à l’insu de l’employé, du client ou du passant dans la rue. « Souriez, vous êtes pucé ». Mouchard en robotique se dit cooky. Quelle espèce d’empathie le robot peut-il avoir avec les personnes qu’il surveille ? Littéralement aucune. Ah, mais, justement, dit-on, c’est là que le rôle de l’humain est primordial ! Fort des données collectées à l’insu de la « personne cible », le « responsable » peut prendre des « décisions objectives ». Il risque le plus souvent de ne prendre aucune décision du tout. Il se contentera, par paresse bien compréhensible, d’appliquer les résultats que sa machine lui aura fournis. Si l’IA n’est plus un moyen mais une fin, le mouchardage devient la norme, tout simplement.

       Car il y a pire que la paresse. Il y a la fascination que ces machines surpuissantes exercent sur nous. Qui osera prendre une décision allant à l’encontre des données statistiques, « objectives », irréfutables qu’il/elle aura devant les yeux ? Personne. La « réalité augmentée » est une idole bien plus terrifiante que toutes les divinités vénérées pendant l’antiquité.

       Il faut ici relire l’Apocalypse de saint Jean, chapitre 13, quand il parle de « la Bête » :

    13 Elle produit de grands signes, jusqu’à faire descendre le feu du ciel sur la terre aux yeux des hommes ;

    14 elle égare les habitants de la terre par les signes qu’il lui a été donné de produire en présence de la Bête […].

    15 Il lui a été donné d’animer l’image de la Bête, au point que cette image se mette à parler, et fasse tuer tous ceux qui ne se prosternent pas devant elle.

    16 À tous, petits et grands, riches et pauvres, hommes libres et esclaves, elle fait mettre une marque sur la main droite ou sur le front,

    17 afin que personne ne puisse acheter ou vendre, s’il ne porte cette marque-là : le nom de la Bête ou le chiffre de son nom.

     

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