• Sacrifice

     

     

     

    Génocide global

     

    Après la tentative nazie de nier les personnes en tant que personnes –les Juifs, les Tsiganes, les homosexuels –, après l’abolition (presque réussie) des différences humaines par la révolution culturelle chinoise ou la tyrannie de Pol Pot, après l’effondrement des petits moi occidentaux dans l’anonymat des réseaux sociaux, la dénégation de soi est poussée un peu plus loin par les transhumanistes et les généreux défenseurs des droits des animaux. Les technoscientistes folamour veulent nous convaincre que les machines qu’ils fabriquent sont intelligentes et que, d’ailleurs, elles sont déjà plus intelligentes que nous. Les spécistes nous jouent la même musique. « Nous finirons un jour muets à force de communiquer, dit Valère Novarina* ; nous deviendrons enfin égaux aux animaux, car les animaux n’ont jamais parlé mais toujours communiqué très-très bien. » Nous ne valons guère mieux, paraît-il.

       À force de nous renier comme personnes, nous sombrons lentement dans la confusion la plus noire, acharnés à saccager notre être, notre transcendance, notre singularité, notre conscience. Nous étions uniques, nous ne voulons plus l’être. Les Modernes, ayant proclamé la mort de Dieu, ont voulu tout assumer tout seuls. Ils n’ont pas tenu parole. Ils se sont effectivement débarrassés de Dieu, mais ils ont découvert que la charge était trop lourde à porter. Nous ne désirons plus être des personnes humaines. L’apothéose de notre merveilleuse ambition a été vécue au moment de la Déclaration universelle des droits de l’homme. On peut la dater : 10 décembre 1948. Et depuis ? Rien ! L’obsession à vouloir être remplacés par des robots, par des grands singes, risque de tourner au désir autoréalisateur.

       Si notre désir se tarit, si l’avènement de la personne ne se réalise pas ici et maintenant, la civilisation va décliner (très vite), l’évolution va s’arrêter. La fin ne viendra pas de la bombe atomique et de la stupidité des militaires, elle ne viendra pas de l’effondrement des banques et de la stupidité des économistes, elle ne viendra pas non plus de la crise écologique quand l’air sera littéralement irrespirable, elle viendra des civilisés eux-mêmes qui auront rendu leur carte d’adhérents au projet mirifique qui était sur le point de s’accomplir.

     

     

    * Valérie Novarina, Devant la parole, P.O.L., 2010, citée par Jean-Claude Guillebaud dans La foi qui reste, L’iconoclaste, 2017.

     

     

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