• Felix Culpa

     

     

     

     

     

    Empathie inversée

     

    Nous ne sommes pas empathiques avec les animaux, ce n’est pas leur image qui se reflète en nous, c’est nous qui nous projetons en eux. Comment nous voient-ils ? Nous n’en avons aucune idée.

       Par mimétisme anthropomorphique, nous leur prêtons des sentiments proches des nôtres, nous sommes sûrs de nous reconnaître en eux, mais c’est pure illusion.

       « Les droits des animaux » reposent sur l’idée que les animaux sont comme nous « parce qu’ils souffrent » (dixit Peter Singer). Avant une époque récente, leur souffrance ne nous importait guère. Prédateurs comme les autres, nous les chassions, nous les mangions, et puis c’est tout. Mais la grande vague de Victimisation a submergé la planète, et nous voilà tout émus. Désormais, les animaux nous apparaissent comme des victimes, ils sont nos victimes. Belle culpabilité !

       Les animaux, « qui ont des droits comme nous », ont-ils, pour autant, la moindre chance d’être jamais « coupables » ? Il ne manquerait plus que ça !  Mais alors, s’ils ne peuvent pas être coupables, ils ne peuvent pas non plus être innocents. Dans notre belle fraternité avec les animaux, nos critères ne collent pas. Nous confondons empathie et pitié. Nous n’avons pas d’empathie avec les animaux, nous avons de la compassion… C’est bien, mais ce n’est pas la même chose.

       Quand, dans leurs expérimentations, les scientifiques ont découvert que certains animaux (les chimpanzés, les dauphins, les éléphants) sont capables de « se reconnaitre » dans le test du miroir, ils ont un peu vite conclu que les animaux ont une conscience, une forme de conscience. Précipitation dommageable. Simplification étourdie. Quand les bonobos copulent « librement » en public, en quoi leur comportement se rapproche-t-il d’un comportement humain ? Qu’arriverait-il au malheureux humain qui tenterait de copuler tout nu, en public, comme un bonobo ? Rien de bon. La conscience, c’est autre chose que « le test du miroir ». L’image de l’autre en moi, le regard de l’autre, son jugement changent tout. Les animaux ne jugent pas (d’où l’air d’innocence qu’on leur prête), mais ils ne savent pas non plus qu’ils sont jugés. Même quand ils sont ridiculisés dans un cirque…

        L’humanité de l’homme vient de sa culpabilité ! C’est difficile à admettre pour un individu moderne, autonome et déchristianisé. La culpabilité, c’est ce sentiment merveilleux des humains vraiment humains qui les retient dans leur pulsion violente à faire des victimes, au moment sublime où ils se demandent : « Et si c’était moi ? ». Tristes bourreaux, effroyables tyrans qui n’ont jamais souffert d’avoir fait souffrir les autres ! Le renoncement à leur humanité fait peine à voir. Qu’ils naient pas été empêchés dans leur violence aveugle est affligeant. Que les bourreaux-tyrans toujours vivants ne soient pas honnis, poursuivis par l’humanité toute entière, tend à prouver que l’humanité toute entière n’est pas encore atteinte.

       En attendant, on peut s’occuper du bonheur des bonobos.

     

     ⊶ ⊶ ⊶ ⊶ ⊶ ⊶  

     

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