• Catastrophisme 

     

     

     

     

     

    Le partage

     

    En se débarrassant de Dieu, l’homme éclairé de la Renaissance ne s’est pas contenté de vider le ciel, il a aussi pris la place du Grand Créateur. Et il s’est cru infini – comme la Grenouille qui se moquait du Bœuf ! Exemple. Avec leurs petits algorithmes malins, les financiers s’imaginent qu’ils peuvent grossir leur richesse indéfiniment, sans limite. On sait aujourd’hui ― mais le savent-ils ? ― que la richesse ne grossira que jusqu’à l’éclatement de la bulle, la Grosse Bulle, la dernière, the Big Bubble. La planète est petite : avec son réchauffement, avec l’exploitation effrénée des ressources et l’accumulation des déchets, elle se rétrécit sous nos yeux ― mais que voient-ils ?

       L’issue qui paraît unique, et de bon sens, c’est de partager les restes tant qu’il y en a. Si les richesses ne sont pas redistribuées (et vite !), sous forme de revenus ou autre ― après tout, chacun est en droit d’attendre de toucher les dividendes de l’effort collectif ! ―, si la place n’est pas faite aux migrants qui n’en peuvent plus, si on ne commence pas à nettoyer ce qui a été salopé, en laissant les pauvres vivre dans la crasse des riches, il se pourrait que ça finisse mal…

       Mais, comme le remarque Jean-Pierre Dupuy* : « Nous ne croyons pas ce que nous savons. […] Ce n’est pas l’incertitude, scientifique ou non, qui est l’obstacle, c’est l’impossibilité de croire que le pire va arriver. » L’impossibilité de croire ! Pourtant nous nous croyons très forts. La réalité nous aveugle et nous croyons à notre puissance qui n’existe pas. Nous avons remplacé Dieu, mais nous avons perpétué les modes de croyance qu’on Lui reprochait de nous imposer.

       L’avenir n’est pas invisible, simplement nous ne voulons pas le voir. Ce n’est pas en dématérialisant l’information, l’argent, l’intelligence, en nous dématérialisant nous-même, de plus en plus, que nous échapperons à notre Incarnation, à notre réalité physique sur le Terre. Ce n’est pas en nous réfugiant dans nos illusions selfiques que nous pourrons durablement mépriser le reste de l’humanité, celle qui nous fait vivre, justement !

       Voilà le constat.

     

     

     

    * Pour un catastrophisme éclairé, Seuil, 2002.

     

     

     

     

    « »
    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :