• Éducation

     

    La joie d’éduquer

     

    Plus de treize milliards d’années après le big bang, aux confins extrêmes ou à la bordure de l’univers, là où je me trouve, je me sens investi du devoir de continuer la Création et je sens que mon énergie est intacte comme à l’infime première parcelle de la première seconde du grand commencement. Ce n’est pas l’ennui qui vous guette quand vous avez six milliards et plus de semblables tous différents à rencontrer. Il n’y a pas de raison de vous décourager quand vos interlocuteurs ont cinq ans ou quinze ans, et qu’ils sont beaux, et qu’ils ne demandent qu’à découvrir de quels désirs ils sont capables ! 

       La joie d’éduquer ne se satisfait pas de petits expédients. Le partage n’est pas un marchandage. L’enseigneur n’est pas un distributeur de culture, c’est un inventeur de relations, un « semeur d’hommes », comme le disait Léopold Sédar Senghor. Il est la navette, jamais en repos, du grand métier à tisser universel de l’hominisation. À la fin d’une heure de cours, je me suis souvent demandé combien de synapses nouvelles mes élèves avaient pu créer, combien de mises en relation inattendues avaient été faites, combien d’ouvertures s’étaient présentées pour de nouveaux attachements. À combien de nouveaux objets toutes ces relations s’attacheraient-elles ? À y regarder de près, il semble qu’il ne se soit pas passé grand-chose depuis le big bang, tant il reste à faire. Le travail est loin d’être terminé.

       Il reste à accomplir, à révéler, à vivifier des êtres qui ne demandent qu’à s’émerveiller ─ l’étonnement est la première vertu du philosophe, c’est aussi celle du nouvel éduqué ─ dans le chatoiement et l’incandescence des désirs enfantins. Le feu est prêt à prendre, la mèche attend une simple étincelle. Et dire qu’il me suffit d’être cette étincelle, toujours la même depuis le premier magnifique feu d’artifice de l’univers quand il n’était qu’un point minuscule. J’ai ce pouvoir et je ne l’exerce que si je ne le garde pas pour moi. Si j’étais savant, je pourrais dire que l’éducation est une branche de l’anthropologie, peut-être sa branche majeure. Si j’étais philosophe, je dirais, comme Giuseppe Fornari, que « l’éducation ne regarde pas seulement la transmission de la culture mais la formation et l’existence même de l’être humain. »

     

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