• Théorie mimétique 

     

     

     

    Nos mythologies

     

    L’homme moderne, ou post-moderne, comme on voudra, est convaincu d’avoir surmonté toutes les illusions, dépassé toutes les superstitions de ses ancêtres naïfs. Il se sent fort parce qu’il sait « lire » les mythologies du Monde. L’Occidental tardif prétend qu’il n’a plus de mythes, il a atteint un niveau de connaissance rationnelle tel qu’il ne peut plus se laisser berner par ces fables grossières que sont les mythes. Tiens, donc ! Il est revenu de tout mais il est tout plein de lui-même, le fanfaron !

       En réalité, les mythes sortent par le vasistas pour mieux rentrer par la cheminée. Chassez-en un, dix reviennent en force, mais méconnaissables.

       Cela transparaît dans le langage mythique dont nous ne parvenons pas à nous débarrasser. Le sport en donne les meilleurs exemples. Les records sont évidemment « mythiques », le moindre exploit fait « entrer le champion dans la légende », les vedettes sont l’objet d’un « véritable culte » (ah, Noah ! ah, Zizou !), les événements majeurs sont des « grand-messes » qui révèlent toute « la magie du sport », la « ferveur » des supporters est égale à une foi aveugle, la victoire d’un camp exorcise tous les fantômes et la descente des Champs-Élysées (terme ô combien mythique) signe le triomphe des « Dieux du Stade ». Si quelqu’un se mettait à décrypter nos mythes modernes, nous passerions pour une tribu plutôt archaïque. Roland Barthes et quelques émules s’y sont essayés, mais qui lit encore Roland Barthes ? La contradiction entre ma culture rationnelle et l’enchantement auquel je succombe est béante.

     

    Extraits de La Génération virtuelle.

     

     

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