• Culpabilité 

     

     

     

    Pina Bausch 

     

    Pourquoi t’as tout éteint ?

     

     

    L’utilisation systématique du sombre, du noir, l’absence de lumière, au cinéma, au théâtre, dans la mode vestimentaire, dans les arts en général*, sont révélatrices d’un comportement collectif inquiétant. Que cherche-t-on à dissimuler ? Qu’est-ce que nous ne voulons pas voir ? Sans jeu de mots, il s’agit bien d’une poussée d’obscurantisme. Nous jetons dans l’obscurité ce qui nous gêne. En terme girardien, nous avons affaire à la méconnaissance, qui va de pair avec la révélation de la violence sacrificielle, notre violence sacrificielle.

       Plus notre conscience avance et nous savons désormais reconnaître les vraies victimes plus avance aussi notre culpabilité, et aujourd’hui elle est globale. Nous ne sommes pas innocents du dernier massacre à Kaboul, de l’exploitation de la misère en Afrique, de l’injustice faite aux femmes, aux homosexuels, etc. Tout simplement parce que nous savons. Nous ne pouvons plus faire comme si nous ne savions pas. Nous ne pouvons pas être pardonnés pour notre ignorance. L’extraordinaire montée de la conscience** nous oblige, et elle est vraiment mondiale. Évidemment, cela est insupportable. Nous cherchons, comme les premiers sacrificateurs, à nous cacher cette vérité. Nous n’allons pas jusqu’à penser que les victimes sont seules coupables, qu’après tout, elles l’ont bien cherché encore qu’on trouve ici ou là quelques fondamentalistes, des extrémistes, des Tea Party et autres antimondialistes que ce genre de post-vérité ne dérange pas. Que nous le voulions ou pas, nous avons tous, collectivement, des comptes à rendre sur l’état de la planète : l’état de la justice, l’état de la nature, etc.

       Et si le progrès s’accompagnait d’une merveilleuse reconnaissance de notre culpabilité ? Quelle lumière sommes-nous capables de jeter sur nos actions comme sur nos inactions ? On en est loin encore… mais pas si loin, finalement.

     

     

     

    * voir L’envahissement du noir page 34

    ** appelons-la « conscience collective », ou « noosphère » comme Teilhard de Chardin.

     

     

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