• État de conscience 

     

     

     

     

    Progrès

     

    Au siècle des Lumières, illuminés par leur optimisme tout neuf, les philosophes ne doutaient pas que le progrès scientifique était indissociable du progrès moral. La science et la sagesse devaient avancer de concert. Deux siècles plus tard, nous pouvons nous interroger.

       Nous constatons qu’effectivement le progrès scientifique, exponentiel, spectaculaire, que nous avons connu depuis la fin du XVIIIe siècle, a été accompagné de bouleversements sociaux et comportementaux considérables. Pour autant, le progrès moral est-il à la hauteur des espérances ? À bien des égards, nous pouvons répondre oui. Malgré le sentiment général, à contre-courant de la réalité vécue, nos sociétés avancées sont largement plus pacifiées qu’elles n’étaient, les violences urbaines, civiles, ont diminué extraordinairement, la tolérance pour les minorités (ethniques, sexuelles ou autres) est sans comparaison avec ce qu’il en était encore ne serait-ce qu’il y a 50 ans ! Mais cela ne nous satisfait pas entièrement.

       Proportionnellement mais est-ce chiffrable ? , nous avons le sentiment que le comportement moral des citoyens d’aujourd’hui n’est pas aussi « avancé » que la science. Nous craignons même qu’il ait régressé. La science, justement, est accusée de notre dégénérescence morale : le transgénisme, la GPA, le clonage représentent-ils moralement un progrès ?

       Il semble que ce qui a manqué dans la progression parallèle de la science et de la morale, c’est le développement de la responsabilité. Ce qui a été engrangé collectivement n’a, contre toutes apparences, pas été le cas individuellement.  Il semble même que le « principe responsabilité » pour parler comme Hans Jonas , au lieu de s’accroître, a plutôt diminué, sous l’effet de l’expansion de l’égoïsme individuel, largement encouragé par le confort accru que la technologie issue des progrès scientifiques nous a apporté. Le relâchement de la morale sexuelle en est l’exemple le plus criant. L’objet du désir, réduit à n’être qu’un objet sexuel, n’est plus rien d’autre qu’un objet. Que reste-t-il de la personne ? Le constat est triste.

       Qu’a-t-il manqué finalement ? Simplement un progrès de la conscience au moins égal au progrès de la science. Nous avons privilégié l’esprit aux dépens de l’âme (quand nous n’avons pas irréparablement congédié l’âme). Mais rien n’est perdu. Avec la décroissance, avec la perception de plus en plus claire de la finitude du monde et des limites de la connaissance, nous approchons, je crois, d’une ère nouvelle où l’âme prendra le dessus sur l’esprit. Ceci est une utopie, c’est-à-dire un lieu inconnu vers lequel nous avançons sans le voir encore… Mais nous avançons quand même. Ce progrès-là n’est pas inéluctable. Et tant mieux. Nous devons tenir pour certain que le progrès moral ne dépendra pas seulement de nos savoirs, mais bien davantage de notre conscience, de notre volonté, et de nos désirs communs de nos désirs mis en commun. J’ai hâte de vivre en 2100…

     

     

    « »
    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :