•  Désir et intelligence

     

     

    Abus de langage

     

    Quel énergumène a jamais traduit ‘smart’ par « intelligent » ? Il fallait qu’il soit lui-même assez crétin ! Pour décrire les objets connectés, qui nous surveillent, qui nous épient, et qui bientôt nous contrôleront complètement, les geeks parlent d’objets intelligents, de la montre intelligente à la maison intelligente, en passant par le T-shirt intelligent… En fait de « cerveaux », il s’agit de puces intégrées aux objets, lesdites puces répondant à des algorithmes, c’est-à-dire qu’elles sont capables de réactions adaptées ─ plus ou moins adaptées… Depuis quand un réflexe est-il un signe d’intelligence ?

       Il me semble, pour ma part, que l’intelligence est la capacité qu’ont les humains d’associer des idées, des images, des mots qui ne sont pas a priori faits pour être ensemble, mais qui, une fois qu’ils sont liés, deviennent nécessaires. Le signe de l’intelligence se révèle dans la première relation qui est réalisée par un cerveau, relation que les autres n’ont pas faite avant moi. Il y a plus d’intelligence chez un enfant de quatre ans qui dessinent un bonhomme que dans une maison qui ferme ses volets toute seule quand il fait nuit. La musique, la poésie sont le « produit » de l’intelligence, mais pas le bip sur mon téléphone ! Sans intelligence, pas de création. Sans désir, pas d’intelligence. Pourquoi les geeks cherchent-ils à nous faire renoncer à notre merveilleuse intelligence ? Ne seraient-ils pas un peu bêtes, par hasard ?

      Réduire l’intelligence à une série, même complexe, d’algorithmes est la marque caractéristique d’un manque d’intelligence. L’intelligence défie les méthodes peut-être Descartes n’était-il pas si intelligent que cela, après tout ? Et Shakespeare alors ? Peut-on ramener son œuvre à une suite d’algorithmes plutôt bien agencés ? Je l’entends ricaner d’ici.

       Ce que je crains dans cet abus de langage sur le mot « intelligent », c’est la supercherie de quelques-uns, au service de GAFA et autres monstres assoiffés de richesse, qui cherchent à nous assujettir en nous faisant croire que nous n’y connaissons rien, que nous ferions mieux de nous laisser guider par eux… Ils ne sont pas très intelligents, mais à coup sûr, ils sont malins !

       J’ai déjà expliqué cela dans mon essai Et mon tout est un homme. « L’intelligence ne « fonctionne » qu’en relation ─ non pas à un objet, ou pas seulement à un objet ─, mais d’abord en relation avec une autre intelligence. Elle est tarie s’il lui manque le bon désir. Le plus extraordinaire ordinateur, à la mémoire phénoménale, aux capacités de calcul fulgurantes, même connecté à tous les autres ordinateurs extraordinaires de sa génération, ne peut pas être intelligent tant qu’il n’aura jamais envie d’être un autre ordinateur. Jamais un ordinateur n’aura l’impression qu’un autre ordinateur lui fait de l’ombre. Jamais une « intelligence artificielle » n’aura besoin d’une autre « intelligence artificielle » pour se sentir meilleure. Les ordinateurs n’ont aucune relation entre eux, ils n’ont que des connexions. »

       Or, ce que fait l’intelligence, là où elle excelle, c’est justement dans la relation. Notre monde hyper-connecté s’aveugle énormément. Il se jette dans un trou noir qu’il prend pour de la lumière.

     

     

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