• Shakespeare 

     

     

    Maître de lui-même 

     

    IAGO.

    ‘Virtue ? a fig ! ’Tis in ourselves that we are thus or thus. Our bodies are our gardens, to the which our wills are gardeners. So that if we will plant nettles or sow lettuce, set hyssop and weed up thyme, supply it with one gender of herbs or distract it with many ; either to have it sterile with idleness, or manured with industry ; why, the power and corrigible authority of this lies in our wills. If the balance of our lives had not one scale of reason to poise another of sensuality, the blood and baseness of our natures would conduct us to most prepost’rous conclusions. But we have reason to cool our raging motions, our carnal stings, our unbitted lusts. Whereof I take this, that you call love to be a sect or scion.’ 

     

    « La vertu ? Des clopinettes ! Il ne tient qu’à nous d’être comme ceci plutôt que comme cela. Notre corps est un jardin dont notre volonté est le jardinier. Souhaitons-nous y planter des orties ou semer de la laitue, cultiver l’hysope et arracher le thym, l’agrémenter d’une seule espèce d’herbe ou la mélanger à d’autres ? Voulons-nous le rendre stérile par notre paresse ou le faire prospérer par notre labeur ? Eh bien ! le pouvoir et l’autorité toujours perfectible de tout cela dépendent de notre volonté. Si la balance de nos vies ne possédait pas le plateau de la raison pour corriger notre sensualité, notre ardeur sanguinaire et la bassesse de notre nature nous pousseraient dans les projets les plus absurdes. Mais nous avons la raison pour refroidir nos passions, nos élans charnels, nos appétits insatiables. D’où je conclus ceci : ce que vous appelez amour n’est qu’un schisme ou un transplant ! » 

                                                     Othello, Act I, sc.3, l. 319- etc.

     

    Cette tirade sur la volonté est exemplaire à tous points de vue. D’abord à cause de l’extraordinaire modernité du personnage de Iago. Il se veut autonome, libre de décider seul (et contre tous) de ses choix tout comme nous. Comme il est intelligent, il décrit la volonté, fille de la raison, avec une sagacité sans pareille. Il est sûr d’en être maître. Et il s’adore dans sa propre intelligence. Il est dévoré de jalousie pour Othello mais, littéralement, il ne veut pas le savoir. Il n’écoute que lui-même. Il n’a évidemment pas lu saint Augustin mais Shakespeare, lui, l’a lu.

       Cette affirmation frénétique du moi nous fascine, aujourd’hui plus que jamais. La figure centrale de La Tragédie d’Othello, son véritable « héros », c’est bien Iago. C’est un héros du mal. Nous devrions le haïr, comme Richard III. Sauf que Shakespeare a si bien « réussi » son personnage qu’il nous paraît séduisant, presque admirable. Comme lui, nous voudrions n’obéir qu’à notre seule volonté ! Comme lui, notre intelligence nous cache notre méconnaissance.

     

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