• Mimétisme

     

     

    « Le plus grand commandement » 

     

    Retour à nos sources.

       Le dixième commandement du Décalogue dit : « Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son esclave, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni quoi que ce soit qui lui appartienne.»

       Dans Matthieu, chapitre 22, versets 34 à 39, on lit : « Les pharisiens apprirent qu’il [Jésus] avait réduit au silence les sadducéens. Ils se rassemblèrent et l’un d’eux, professeur de la loi, lui posa cette question pour le mettre à l’épreuve: ‘‘Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ?’’ Jésus lui répondit : ‘‘Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier commandement et le plus grand. Et voici le deuxième, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.’’ »

       L’histoire du christianisme ─ la nôtre donc ─ est enfermée entre ces deux injonctions. Elle commence par une exclusion de la convoitise, c’est-à-dire de la jalousie, c’est-à-dire du mimétisme qu’on appelle aussi rivalité ou envie. L’ordre est négatif : tu ne feras pas ceci… Jésus, en interprétant la loi, inverse la perspective, il invite à aimer son prochain, c’est-à-dire son semblable, celui justement avec lequel nous avons le plus de ressemblance, celui avec lequel nous sommes le plus en rivalité.

       Il s’agit bien du même commandement. Mais puisque nous ne comprenons que les définitions négatives, il nous faut sans cesse revenir au dixième commandement du Décalogue pour accéder au sens du « deuxième » commandement de Jésus ─ en fait le premier, l’équivalent du premier. Notre culture est inscrite dans ce schéma : l’interdiction du mimétisme. Or, le monde moderne, à l’image de son économie, tourne radicalement le dos à ses sources, il ne fonctionne que sur l’injonction au mimétisme, il encourage à la concurrence, à la compétition, à l’antagonisme des égaux, à la dispute, il pousse à la lutte de tous contre tous. Le « progrès », inventé par les Lumières, de ce point de vue, est une immense régression.

       L’Histoire efface toujours les traces de ses origines et oublie ses fondements. Cette règle amnésique est universelle. Teilhard de Chardin l’a abondamment commentée. Le « progrès » passe-t-il nécessairement par un retour de l’archaïque ? En tout cas, un retour par l’archaïque ? Nous le constatons tous les jours. Mais à quel prix ? Pollution, destruction des ressources naturelles, sacrifice des espèces, injustice généralisée (mondialisée), terrorisme… Matthieu ─ mais aussi Luc, et Marc de même ─ rapporte encore ces paroles de Jésus au moment de la Passion, comme un avertissement : « Mon Père, dit-il, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (26, 42) Certains esprits modernes prétendent que la coupe est bonne à boire, qu’il n’y a rien de meilleure, qu’il faut l’ingurgiter jusqu’à la lie. Si nous les croyons, tant pis pour nous.

     

     

     

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