• Shakespeare

     

     

    Norah Krief

     

    Mettre les Sonnets en musique 

     

    Pourquoi pas ? Shakespeare aimait la musique. Il a ajouté de nombreux numéros musicaux à ses pièces de théâtre. Aurait-il aimé qu’on mît ses Sonnets en musique ? Cela est moins sûr. Quand j’accompagne mes lectures publiques de musique, je ne cherche rien d’autre qu’un support rythmique à ma diction et je donne, au mieux, une ambiance favorable à l’écoute de la poésie de Shakespeare. La musique ajoute une coloration, une sensibilité particulière au texte. Quand je lis le sonnet 66 accompagné par la Sonate pour piano en la majeur de Schubert, je retrouve immédiatement toute la mélancolie et le tragique nécessaires à la compréhension du poème. Schubert vaut toute une explication ─ qui, de toute façon, ruinerait l’émotion du sonnet.

       Rufus Wainwright s’est essayé à la composition. Ce que Bob Wilson en a fait avec les comédiens du Berliner Ensemble est désastreux. Son spectacle n’a strictement aucun rapport avec les Sonnets de Shakespeare. D’ailleurs, Shakespeare l’intéresse-t-il ? Transformer le pauvre barde en vieille femme chauve, outrageusement fardée de blanc, encadrée d’une lumière lugubre, je ne vois pas ce que cela apporte à la poésie du poète élisabéthain. Quel irrespect ! Et surtout quel manque d’intelligence ! Plutôt que de se risquer à interpréter les Sonnets, il est tellement plus facile, n’est-ce pas, de les caricaturer. La « mise en pièces » de Bob Wilson n’est pas seulement un acte irrévérencieux, c’est un acte imbécile.

       Chantés par Florence Welch, les Sonnets mis en musique par Rufus Wainwright paraissent plus harmonieux. Les mélodies sont pauvres, mais la chanteuse a au moins une jolie voix. La musique est-elle adaptée aux Sonnets ? Pas vraiment. Elle est d’abord décorative. Elle se laisse entendre, mais l’accompagnement n’est pas une porte qui ouvre sur Shakespeare, elle est une façade.

       Quant au récital de Norah Krief*, il est… sympathique mais, là encore, à des distances intersidérales de Shakespeare. Je n’ai rien contre le rock, mais je note que Norah Krief a surtout retenu l’érotisme des Sonnets, vision banale et le plus souvent erronée, prétexte à montrer ses petits seins sous un tulle noir. Les Sonnets sont une œuvre intime, quasi confidentielle : Shakespeare ne souhaitait même pas les voir publier. Hurlés sur scène à grand renfort de décibels et d’éclairage flashy, ils disparaissent dans la confusion et le désordre. Pour une œuvre qui est écrite sous le signe de la conscience et de la maîtrise de soi, quel contresens ! Le plus étonnant, c’est le succès que Norah Krief remporte avec son show. Si les spectateurs connaissaient mieux les Sonnets 

     

     

     

    * LES SONNETS DE SHAKESPEARE par Pascal Collin, Fred Fresson, Norah Krief et Richard Brunel, en tournée pendant l’été et au-delà.

     

     

     

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