• Crise de la couleur

     

     

     

    L’envahissement du noir 

     

    Depuis plusieurs décennies, le noir gagne. Les tenues blanches et beige de la Belle Époque ne sont plus de mise. Les vêtements multicolores des Flower People paraîtraient ringards aujourd’hui. Le vrai chic désormais est noir. À cela s’ajoute le look des mannequins : effroyablement triste, des visages de deuil sur des corps décharnés. Les jeunes ont l’air particulièrement friands du noir. « Suivez le flot des élèves entrant au lycée, un petit matin de janvier, aux heures encore obscures, et vous apercevrez devant vous une colonne sinistre de spectres... », ai-je écrit dans Le Maître des désirs. Pire que des uniformes militaires, leurs tenues sont celles des bagnards.

       S’il n’y avait que la mode ! Le cinéma est tout noir. Même les scènes « de jour » sont sombres. On rêve du Déjeuner sur l’herbe de Renoir. Les films des années 30 n’avaient pas la couleur, ils avaient mieux, ils avaient le soleil. Les séries de la télévision sont plus noires que noires, elles sont invisibles. Ce n’était pas la peine d’inventer la télé en couleur pour tout éteindre ! Quant au théâtre ou au ballet, plus ils sont « modernes », plus ils sont couleur de nuit ─ « décalque de la mort », comme la décrit Shakespeare.

       J’ai connu, enfant, la publicité pour les lessives qui lavaient « plus blanc que blanc ». Aujourd’hui la lessive Mir Black vous assure un noir intense.

       La tristesse est le privilège des riches. Allez au Bangladesh et voyez les femmes revenir du marché ou du fleuve : leurs saris chatoyants enchantent leur pauvreté. Le sourire est-il le luxe des pauvres ?

     

     

     

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