• Education 

     

     

    On n’apprend bien qu’avec le cœur 

     

        Éduquer ne relève pas d’un simple cahier des charges, il ne saurait y être question de rendement, d’efficacité et encore moins de croissance et de profit. Éduquer, c’est d’abord entrer en relation avec. L’éducation « fonctionne » bien plus avec le cœur qu’avec la tête apprendre dépend davantage du désir que de la raison. Mais comment valoriser l’affectif, le sentiment et l’émotion, à une époque où, plus que jamais, l’antique séparation opérée par les Grecs entre l’esprit et le corps fige toutes les approches humaines ? D’un côté, nous faisons travailler l’intellect, le plus abstrait possible, par exemple sous forme de chiffres. Les chiffres sont neutres, ils sont froids, ils sont sûrs (enfin, presque toujours). Ils sont tangibles et permettent de comparer les résultats, c’est-à-dire de sélectionner les individus qui les manipulent. De l’autre côté, nous exploitons le corps, le plus détaché possible de la personne, le corps objectif  ou le corps modèle : corps d’athlète qu’on travaille et qu’on dope, un corps réduit à ses performances, ou corps consommateur. Corps d’exhibition, corps objet, mais pas un « sujet » !

       Comment puis-je m’y prendre à présent, moi simple enseigneur, devant un être coupé en deux ? Pire que cela, je dois prendre en charge une personne dont la tête est censée mériter une attention publique, tête sociale en quelque sorte, et un corps rétréci et limité au domaine privé, corps interdit dans la classe, corps présent comme s’il n’existait pas.

       Entre l’intellect survalorisé et le corps intouchable, j’ai la faiblesse de croire qu’il y a un cœur et c’est lui qui m’intéresse prioritairement, c’est lui que je place « au cœur » de l’éducation. Ce cœur-là se manifeste chez les meilleurs artistes autant que chez les enfants. Lié aux passions, il est accusé de nuire au bon fonctionnement de la raison. C’est « l’erreur de Descartes ». Bien qu’étouffé par la culture, il est reconnaissable pour qui sait en déceler les signes délicats, les symptômes discrets. Je ne prise rien tant, personnellement, que les émotions intelligentes et les idées belles et sensibles. Elles brillent chez les artistes, elles scintillent chez les enfants.  

     

    Extrait de mon essai sur l’éducation,

    Et mon tout est un homme.

     

     

     

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