• Shakespeare

     

     

     

    Petits arrangements avec la conscience 

     

    Richard III, au bout de sa course, s’examine, et sa conscience le perturbe, il aperçoit des spectres qui le tourmentent : 

     

         ‘My conscience hath a thousand several tongues,

         And every tongue brings in a several fate,

         And every tale condemns me for a villain.’ 

     

         « Ma conscience a mille langues contradictoires,

         Et chaque langue me pousse à une fortune différente,

         Et chaque histoire me condamne comme criminel. » 

     

                                                   Richard III, act V, sc. 3, l. 195-197 

     

    Comment sortir de l’oppression de la conscience qui accuse ? La violence « libère de la chimère de la conscience », comme le prétendait Hitler (un spécialiste en matière de violence). Richard III choisit donc la guerre : 

     

         ‘Go, gentlemen ; every man unto his charge.

         Let not our babbling dreams affright our souls ;

         Conscience is but a word that cowards use,

         Devis’d at first to keep the strong in awe :

         Our strong arm be our conscience, swords our law.’ 

     

         « Allez, messieurs, chacun à son poste !

         Les balbutiements de nos songes ne doivent pas effrayer nos âmes !

         La conscience n’est qu’un mot qu’utilisent les lâches,

         Inventé à l’origine pour tenir les forts dans la crainte.

         Notre bras armé sera notre conscience, nos épées seront notre loi. » 

     

                                                   Richard III, act V, sc. 3, l. 309-313 

     

    À remarquer que ce n’est pas Shakespeare qui choisit la guerre, mais Richard III. Peter Brook dit justement : « À aucun moment Shakespeare ne montre du doigt ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire, ce qui est bien ou mal, juste ou injuste. » Sur ce constat, certains esprits mal réfléchis en ont conclu que Shakespeare ne pensait rien puisqu’il dit tout et son contraire avec la même aménité. C’est se tromper lourdement sur Shakespeare épris de vérité. Simplement, il n’assène pas « sa » vérité, il laisse à chacun le soin de trouver LA vérité, notamment celle de la violence qui nous habite. Il donne à voir et à entendre. Il fait sienne cette phrase de Jésus, rapportée par Matthieu (13, 9) : « Entende qui a des oreilles ! » La scène est un laboratoire et nous sommes invités à observer ce qui s’y passe.

       Pour autant, Shakespeare, tout objectif qu’il soit on pourrait dire tout « scientifique » qu’il soit dans sa « démonstration » donne un indice fort de son opinion quand il fait dire à Richard : « …chaque histoire me condamne comme criminel. » L’aveuglement de Richard, dans la panique de la préparation de la bataille de Bosworth, n’est pas aussi grand qu’il ne ressente pas sa conscience accusatrice. Toutes les voix qu’il entend l’accusent. Sa méconnaissance ne va pas jusqu’à l’aveuglement total. Il sait que la guerre va le « libérer de sa conscience ». Il est encore assez conscient pour percevoir cela. Évidemment, dans les circonstances, ce n’est pas Richard tout seul qui comprend cela, c’est Shakespeare qui le lui souffle. Et nous, spectateurs fascinés, qu’avons-nous compris ?

     

     

     

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