• Shakespeare  : bonnes feuilles

     

     

     

    Shakespeare, la tête et le cœur 

     

     

    I see it feelingly’, « Je le vois comme je le sens ».

    Gloucester, aveugle, à la fin du Roi Lear, acte IV, scène 4.

     

    Chez Shakespeare, les idées sont toujours sensibles et les émotions toujours intelligentes. Le Quotient Intellectuel du poète équilibre parfaitement son Quotient Émotionnel. Une approche trop « intellectuelle » des Sonnets est nécessairement fausse. Le lecteur est invité à réfléchir en même temps qu’il pleure ou s’exalte.

       Nous touchons là, selon moi, au thème central du « projet » de Shakespeare. La question au cœur du livre est celle du désir. Shakespeare l’aborde de façon brûlante. Les émotions qu’il décrit relèvent toutes de la passion. À aucun moment, même dans les « sonnets de réflexion » les plus profonds, Shakespeare n’abolit son sentiment, ses affects. Le travail de pensée est fait « à chaud », même pour les poèmes les plus « écrits ». Shakespeare garde toute sa raison au milieu des douleurs sentimentales les plus terribles. Il peut réfléchir froidement sur des passions brûlantes. Cela n’est pas extraordinaire, c’est le but même qu’il s’assigne dans son travail de poète. C’est moins le désir qui l’intéresse que la compréhension de ce phénomène qu’on nomme le désir. Le cœur et la tête ne se séparent jamais, et c’est cela qui est fascinant. À aucun moment nous n’assistons à un combat d’idées mais toujours à une lutte entre des désirs vrais pour des personnes réelles. Nous ne connaissons pas W.H. ni la dame sombre, mais nous sommes sûrs que Shakespeare, lui, les connaissait ! À la lecture des Sonnets, on a souvent l’impression d’avoir compris tandis qu’on a seulement été ému. C’est l’effet que Shakespeare cherche à produire au théâtre. L’avantage des sonnets, c’est qu’on peut les relire, [ce qui] permet de revenir sur ce qui nous a d’abord émus pour mieux interpréter [ensuite] nos émotions. 

     

    Extrait de l’Introduction de l’édition bilingue

    de ma traduction des Sonnets chez L’Harmattan.

     

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