• Shakespeare  

     

    Third Earl of Pembroke

     

    Le visage de W. H. 

     

    On ne connait pas le visage du jeune homme sublime qui fascine Shakespeare et auquel il s’adresse tout au long des Sonnets. On sait qu’il est beau, qu’il est jeune, qu’il est noble, et c’est à peu près tout. Le poète se défend même de le décrire. Ainsi au sonnet 83, il reconnaît :  

     

            ‘I never saw that you did painting need,
             And therefore to your fair no painting set.’
     

     

            « Dresser votre portrait me paraît inutile ;

            Aussi n’ai-je jamais dépeint votre beauté. » 

     

       Je suis convaincu que W.H. a existé. Il n’est pas un fantasme sorti de la folle imagination de Shakespeare. Le poète en parle comme d’une personne vivante, dotée d’une présence et d’un rayonnement troublants. Il semble que Shakespeare ait été découragé dans ses tentatives de le décrire. W.H. était trop beau. Au sonnet 17, il avoue : 

     

            ‘Who will believe my verse in time to come
            
    If it were fill’d with your most high deserts ?
            
    Though yet heaven knows it is but as a tomb
            
    Which hides your life, and shows not half your parts.
            
    If I could write the beauty of your eyes,
            
    And in fresh numbers number all your graces,
            
    The age to come would say, ‘This Poet lies,
            
    Such heavenly touches ne’er touch’d earthly faces.’

     

            « Dans les temps à venir, qui croira mes sonnets,

            Tout surchargés qu’ils sont de vos plus hauts mérites ?

            Et Dieu sait qu’ils ne sont qu’un tombeau qui vous cache,

            Et, de vous tout entier, en taisent la moitié.

            Si j’exprimais sans fard la beauté de vos yeux,

            Et de noms singuliers nommais toutes vos grâces,

            On dirait après moi : « Ce poète est menteur,

            Nul visage ici-bas ne fut aussi céleste. »  

     

       J’ai toujours pensé, personnellement, que W.H. était William Herbert, 3ème Comte de Pembroke, né en 1580. On n’a retrouvé aucun portrait peint de William Herbert adolescent. Le tableau ci-dessus représente le comte à l’âge adulte. Il a belle prestance mais il n’a pas l’éclat de la jeunesse qui avait ébloui Shakespeare. William Herbert n’a pas eu de descendance, malgré les supplications du poète dans les vingt premiers sonnets du recueil. Le fils illégitime qu’il eut avec Mary Fitton, dame d’honneur de la Reine, mourut en bas âge. Il épousa, plus tard, une certaine Mary Talbot dont il n’eut aucun héritier. William était très lié à son frère Philip, de quatre ans son cadet. Tous deux grands protecteurs de Shakespeare, ils sont les dédicataires du premier Folio de 1623 qui rassemble toute l’œuvre connue du dramaturge. Philip a eu une famille nombreuse. Dans le tableau ci-dessous, on le voit en compagnie de ses enfants. On peut imaginer que les neveux de William lui ressemblaient un peu…

     

     

     

     

     

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