• Etat de conscience

     

     

     

    Touche pas à mon image ! 

     

    L’obsession de l’image n’est autre que la crainte archaïque du qu’en-dira-t-on, elle est le reflet de l’oppression du regard de l’autre, elle est avant tout mimétique, elle signe la négation de sa propre liberté, elle conduit à la justification de toutes les lâchetés et de toutes les bassesses, pourvu que l’image soit sauve. La honte n’a pas d’autre ressort. C’est toujours le « regard de l’autre » qui « tue ». Il faut d’abord sauver l’image, « ne pas perdre la face ». Les Chinois en ont fait la base de leur sociabilité. Qu’importe le méfait si la « bonne opinion » est préservée. Les politiques ne décident rien qu’ils n’aient d’abord vérifié les sondages et leur « cote de popularité » : ils veulent avoir « la maîtrise de leur image ». Cela ressemble, à s’y méprendre, à l’osculation des augures ou à la lecture de l’horoscope par les potentats peureux. Nous avons changé d’époque mais pas de comportement. Le vocabulaire varie mais la méconnaissance est la même.

       Régression. Nous en revenons à la bonne vieille figure de l’honneur, l’épée au côté et les chapeaux à plumes en moins ─ mais à peine. Rappelons-nous ce pauvre Rodrigue prêt à perdre celle qu’il aime plus que tout pour sauver son image :

            « Mourir sans tirer ma raison !
            Rechercher un trépas si mortel à ma gloire !
            Endurer que l’Espagne impute à ma mémoire
            D’avoir mal soutenu l’honneur de ma maison !
            Respecter un amour dont mon âme égarée
            Voit la perte assurée !
            N’écoutons plus ce penser suborneur,
            Qui ne sert qu’à ma peine.
            Allons, mon bras, sauvons du moins l’honneur,
            Puisqu’après tout il faut perdre Chimène.
     »

       Le langage moderne sait habilement camoufler le vieux principe sous un vocabulaire pimpant. Ainsi de l’anglicisme the narrative qui ne signifie rien d’autre que propagande, poudre aux yeux ou intoxication. Les « communicants » en sont les champions. Les Russes, Daech et les terroristes ─ tout ce qu’il y a de hype ─ savent enfumer leurs ennemis au moyen de techniques électroniques dernier cri. Il s’en trouve qui se laissent prendre à ces jeux d’arrière-cour. Dérisoire faiblesse des crédules…

       Pascal nous avait prévenu : « L’orgueil nous tient d’une possession si naturelle au milieu de nos misères, erreurs, etc. Nous perdons encore la vie avec joie, pourvu qu’on en parle. » L’image, c’est l’auréole, Shakespeare parlerait d’« ornement ». Allez savoir ce qui se cache derrière le respect ou l’estime de soi ! L’orgueil que Pascal évoque, c’est exactement l’honneur chatouilleux des anciens, c’est l’image des modernes. Tout pour la gloire ─ et puis quoi ?

     

     

     

    « »
    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :