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    Violence essentielle

     

     

     

    L’esclavage 

     

    Contrairement à ce que notre bonne conscience veut nous faire croire, l’esclavage n’a jamais été aboli. Sa progression continue. Son organisation se raffine sans cesse. Les guerres semblent s’être tues pas le terrorisme, évidemment , mais il y a pire que les guerres. Il y a le commerce qui est une continuation perverse de la guerre, ou comme le dit René Girard : « Le commerce est une guerre de faible intensité. [Mais] il est une guerre redoutable, d’autant qu’elle fait moins de morts. » Ce n’est même pas sûr ! À côté des morts non comptabilisés, combien d’autres victimes, combien d’esclaves sont ignorés des statistiques ? Ainsi l’entreprise Apple emploie-t-elle 50 000 personnes bien rémunérées aux États-Unis, en faisant « travailler » un million de quasi-esclaves en Chine ! Ce qui est présenté comme une extraordinaire réussite de l’inventivité et de la modernité n’est que le masque répugnant d’un système pire que celui de l’Antiquité. Les Romains aussi devaient leur puissance à l’esclavage, mais à Rome, on pouvait encore être affranchi. Combien de petites Chinoises réduites à rien dans leurs usines-prisons goûteront jamais les joies de la consommation débridée ? Benoît Chantre va plus loin dans Achever Clausewitz : « De fait, la ‘‘violence essentielle’’ […], violence économique, guerrière, politique, essentiellement mimétique, déborde aujourd’hui tous les cadres qui la contenaient jusque là : les sociétés humaines s’avèrent de moins en moins capables […] de produire leurs propres instances de régulation. » La liberté est devenue folle. Paradoxe atroce, la dérégulation renforce l’esclavage, la liberté est l’ennemie de la liberté ! 

       Et l’emballement continue. René Girard insiste : « Le désir mimétique n’est satisfait que pour un temps et pour un temps de plus en plus court. Il faut toujours trouver de nouveaux jouets et c’est de plus en plus difficile. » J’ajouterai : de plus en plus difficile et de plus en plus coûteux. Mais on s’en fout : la Terre paiera ! Déjà la pollution engendrée par l’industrie de l’informatique dépasse largement celle de l’aéronautique. Je coûte plus cher à la planète en utilisant mon téléphone portable qu’en mangeant des cerises du Chili en décembre ! 

       Qui réclame encore de la croissance ? Nous sommes au bord du gouffre, allons allègrement de l’avant ! Qui veut toujours plus d’autonomie, plus de « moi-je » ? « Vous serez comme des dieux », lit-on dans La Genèse, 3, 5. Le Serpent avait raison. Nous revenons toujours au péché originel. Dans l’acte d’insoumission, voulant éprouver sa liberté, le malheureux transgresseur signe son aliénation. Et il prétend en plus qu’il est heureux ! Selon Juan Donoso Cortès (1809-1853), nous vivons une lente mais inexorable montée de l’esclavage. Depuis le début de notre ère, nous avons assisté aux progrès de la tyrannie. Sont d’abord apparus (il y a deux millénaires) les « juges arbitres », puis s’est installée la « monarchie féodale », avant les « monarchies absolues ». Avec la Révolution française, se créent les « armées permanentes » et la conscription obligatoire. Au XIXe siècle s’installent durablement les « corps policiers » et se généralise la « centralisation administrative ». Aujourd’hui, avec l’extension des moyens de communication, l’information circule de plus en plus vite et le pouvoir est omniprésent. Le discours politique se veut sécuritaire et c’est le contrôle des citoyens qui s’accentue toujours davantage. Google, Apple, Facebook, Amazon et les autres nous espionnent en permanence au nom de l’efficacité commerciale… La Grande Bretagne est passée de l’Habeas Corpus à un véritable état policier avec un taux record de « pénétration » des caméras de surveillance sur son territoire. Cherchez l’erreur. 

       Effet pervers de la déchristianisation, en se disant « libres », les hommes se sont crus de plus en plus autonomes, ils se conduisent comme des irresponsables, comme s’ils étaient incréés. Bref, ils se comportent comme des gamins qui s’aperçoivent que leur père ne les surveille plus. La faute est-elle « originelle » ?

     

     

     

     

     

     

     

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