• Mimétisme

     

     

    Respecte ma ressemblance ! 

     

    La critique récurrente faite à la théorie mimétique qui explique que beaucoup de penseurs honnêtes ou d’intellectuels sincères reculent devant l’hypothèse girardienne est due au fait que la théorie est globalisante. On la redoute comme « totalisante », ou un peu trop catholique, au sens premier du terme. René Girard agace parce qu’il veut tout expliquer avec la mimésis, entend-on souvent. Et c’est vrai que la théorie mimétique ne peut être comprise qu’en tenant compte de l’universel, dans sa dimension universelle. Car la globalisation, économiquement (et pudiquement) rebaptisée mondialisation, effraie. On accepte de consommer universel mais on rejette avec dégoût l’idée que l’espèce humaine soit absolument identique à elle-même d’un bout à l’autre de notre minuscule planète. Il n’y a pourtant qu’une et une seule espèce humaine… Nous le savons, mais nous n’avons pas intégré cette vérité à nos modes de penser, à notre culture quotidienne. Dans la crainte légitime de l’uniformisation, ou de l’indifférenciation, nous mettons en avant nos différences, nos histoires nationales, nos traditions, nos religions, notre langue, notre gastronomie. Tout fait différence. Ce comportement est rassurant : chacun dans sa niche, bien à l’abri des autres. « Tu haïras ton prochain comme personne. » La perversion de ce système, c’est la xénophobie, le racisme, le rejet universel (c’est le cas de le dire) de l’AUTRE.

       Prisonniers de ce principe, nous nous faisons peur, et comme nous ne pouvons empêcher de nous retrouver toujours plus serrés les uns contre les autres, de plus en plus modèles les uns pour les autres, nous devons, dans l’improvisation et la précipitation, construire une morale de la tolérance. Cette morale se résume en peu de mots : « respecte ma différence ». Le statu quo nous assure la paix sociale dans un sain environnement laïc. Mais nous n’avons jamais fait autre chose depuis l’aube de toutes les civilisations que de respecter nos différences, en les tenant « bien à distance » ! C’est au nom de la différence que nous avons fait les guerres, que nous avons construit des murs que nous appelons des frontières, que nous nous sommes protégés des invasions, des immigrations, des étrangers de tout poil. Nous sommes obsédés par nos différences. Malheureusement,  nous ne savons pas faire la paix avec nos différences. Si les Européens, depuis 70 ans, ne se font plus la guerre, c’est qu’ils ont fini par accepter tant bien que mal d’être à peu près pareils. Cela ne se passe pas sans récriminations, sans nostalgie, quand ce n’est pas avec une espèce de répulsion d’être assimilés à des Allemands, à des Anglais, pourquoi pas à des Albanais ? La construction européenne est tout ce qu’on peut concevoir de non naturel. Et pourtant elle tourne…

       Que se passerait-il si nous commencions à accepter vraiment notre ressemblance ? S’il n’y avait plus « ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme… », comme le suggère saint Paul dans sa lettre aux Galates (3, 28) ? Cette injonction vieille de 20 siècles nous fait encore trembler. Pourtant, imperceptiblement, cette évidence finit par entrer dans les consciences, à défaut d’« entrer dans les mœurs » dans sa version laïque, citoyenne ou économique. Il y a encore un long chemin à parcourir pour accepter de nous habiller en « taille unique ». Nous devons pourtant aller au bout de la logique de saint Paul et ajouter qu’il n’y aura bientôt plus ni patron ni employé, ni noir ni blanc, ni Arabe ni Juif, ni hétérosexuel ni homosexuel… À chacun de prolonger la liste dans la joie ou dans l’effroi.

     

     

     

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