• Mimétisme 

     

    Zoé Heran dans le rôle de Laure/Mickaël  

    La honte 

     

    Le mimétisme peut être terriblement destructeur. Si tu n’es pas mimétique, tu es suspect. Si tu ne ressembles pas aux autres, tu es dangereux… La honte n’est pas le fait de la différence, la honte est une insulte faite à celui ou à celle qui paraît dissemblable. Ce n’est pas « la différence » en tant que telle qui est rejetée, c’est l’absence de conformité à un modèle quasi unique qui est vécue comme intolérable. Le regard des autres juge et condamne, sans recours. Shakespeare l’a dit mieux que moi (sonnet 121) :

     

    For why should others’ false adulterate eyes
    Give salutation to my sportive blood ?
    Or on my frailties why are frailer spies,
    Which in their wills count bad what I think good ?


     
    « Pourquoi le regard fourbe et perverti des autres

    Devrait-il approuver ma conduite légère ?

    Pour mes failles, pourquoi de plus faibles que moi

    Jugeraient-ils mauvais ce que je juge bon ? »

     

       La honte est un poison. Il peut être létal. C’est le résultat d’un sacrifice collectif, celui que le groupe, unanime et fort de son nombre, commet silencieusement sur celui ou celle dont l’image ne correspond pas à « la normalité ». Une illustration magnifique, et douloureuse, est donnée par Céline Sciamma dans son film Tomboy (2011). Parce que Laure a voulu passer pour un garçon et s’est fait appeler Mickaël, ni les garçons qui se sont crus ses pairs, ni les filles qui sont ses semblables, n’acceptent la réalité nue quand ils la découvrent. L’aventure pourrait se terminer tragiquement, mais Laure « préfère » avaler sa honte et les choses en restent là. Le drame a été évité. La honte de Laure devient sa culpabilité dès l’instant où elle a intériorisé le verdict du tribunal mimétique. Le sacrifice une fois accompli, le monde rentre dans l’ordre. Le nombre a triomphé sur la singularité. Tous sont apaisés. Laure/Mickaël vivra à jamais avec sa blessure.

       Pourtant, elle n’est fautive en rien. Quels sont les seuls coupables de la honte ? Ceux qui infligent l’humiliation aux « autres ». On confond souvent honte et culpabilité. Les vrais coupables ne sont pas ceux qu’ils (les vrais coupables) croient être les coupables effet pervers de la méconnaissance. Les vrais coupables, ce sont les « fauteurs de honte ».

     

     

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