• Shakespeare

     

    Portrait d'un jeune homme

    par Corneille de Lyon, portraitiste du XVIe siècle. 

     

    Shakespeare et ses Sonnets

     

    Pourquoi tant de secret ?

     

     

    Si les Sonnets ont été tenus secrets si longtemps ─ leur rédaction ayant commencé au milieu des années 1590, ils n’ont été publiés, discrètement, qu’en 1609 ─, c’est que Shakespeare ne souhaitait tout simplement pas les voir rendus publics. Il peut y avoir de multiples raisons à cela.

       Par strict sens moral, il n’avait pas envie d’étaler sa passion pour un jeune homme sur la place publique. La mode élisabéthaine n’était pas encore au Coming Out !  D’autant plus que William Shakespeare était un personnage connu, un dramaturge célèbre, un homme public. Sa notoriété pouvait-elle le préserver du « scandale vulgaire » ? Il semble que non. Les références à la calomnie sont si nombreuses dans les Sonnets que cela nous renseigne suffisamment sur son « milieu ». Parmi les sonnets de la fin du recueil, au moment où la conscience du poète est la plus vive, il a cet aveu douloureux (sonnet 140) :

             Ce monde tordu est devenu si mauvais

             Que les déments prêtent l’oreille aux médisants.

       Shakespeare, l’amoureux chaste que nous voyons dans les Sonnets, redoute plus l’incompréhension du monde que son jugement grossier  (sonnet 121):

             Mieux vaut être immoral que d’être jugé tel,

             Quand sans l’être, pourtant, on s’en voit accuser,

             Et que l’on est jugé, pour des plaisirs licites,

             Non par son sentiment mais par les yeux d’autrui. 

       Bien sûr, les Sonnets ne sont pas une confession ! Faisant de nécessité vertu, le poète finit par comprendre que la passion qu’il traverse est d’autant plus belle qu’elle n’est partagée qu’avec l’être aimé. Elle sera donc toujours tenue cachée. Non seulement, l’amour du poète est plus beau dans le secret, mais il est aussi plus pur. C’est ce qu’exprime le sonnet 71 :

             N’allez pas répéter sans fin mon pauvre nom,

             Laissez plutôt périr votre amour après moi.

             Car tous les gens sérieux en vous voyant pleurer

             Se moqueraient de vous, et de moi même mort.

       Tant que la calomnie ne l’atteint pas, son sentiment demeure intact. Le poète lutte désespérément pour sauvegarder son amour « tel que je [vous] vis, dès que je vis vos yeux » (sonnet 104) ; il lutte contre le temps, évidemment, mais aussi contre le monde : « moi pour toi, et rien d’autre » (sonnet 125).

       Le poète, contrairement à « l’amant », n’est en concurrence avec personne. Comment a-t-il pu se garder d’une telle rivalité ? Toujours par le choix de la solitude, par l’évitement. Le poète sauve ainsi son amour de la calomnie et de la corruption. La perfection de son amour n’est pas atteinte (sonnet 108) :

             L’amour tel qu’il naquit n’est en rien altéré.  

     

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